Les Kappō

Kappo anciens web

Préambule

La pratique des techniques Katsu sont à ce jour, interdites dans certains pays, dont la France.  Elles ne doivent donc pas être reproduites. Votre responsabilité pourrait être engagée. Néanmoins, si leur pratique est effectivement interdite, leur apprentissage est autorisé. Ce document n’a de valeurs qu’informative et culturelle.

Introduction

A l’époque du Bushidō1, deux disciplines, indisociable l’une de l’autre, sont enseignées aux guerriers. Le Sappō (殺法) - ou kyūsho (points vitaux) et le Kappō (活法) - ou katsu. Plus précisément, le sappō est un ensemble de techniques martiales basé sur l’étude des points vitaux, pouvant provoquer des perturbations, des troubles ou des dégâts sur l’adversaire. A l’opposé, le kappō est la manière d’influencer positivement ces mêmes points vitaux afin de « soigner» certaines blessures.
Avec l’apparation des Budō2 modernes, ces deux disciplines (surtout le sappō) furent de moins en moins enseignées.
Les kappō furent tout de même pratiqués par les enseignants de judo, ainsi que par les arbitres en France jusque dans les années 60. Puis, ils ont été interdits et le sont aujourd’hui encore. Malgré cette interdiction, ils font partie du patrimoine du Judo, de notre héritage culturel et à ce titre, ne doivent pas être oubliés.

Etymologie

Le katsu - ou kuatsu - est un terme utilisé par les occidentaux, mais inconnu des japonais. Le katsu au Japon est appelé Kappō (活法).
Kappō est issu de la contraction des deux mots : Ka venant de Katsu (活) « résurrection » et Ho (法) « méthode ». Littéralement traduit par « méthode de résurrection », on peut le comprendre comme « techniques de réanimation ».

Origine

Les sources divergent quant à l’apparition des kappō. D’origine chinoise, il sont apparus 3000 ans av J.-C. Les kappō seraient arrivés bien plus tard au Japon, pour la première fois, par l’intermédiaire de Kumaro Otomo, au début du 8ème siècle ap. J.-C. Ils seraient fortement liés au début de ce qui deviendra l’acupuncture - tsubo (壺). Pourtant, le premier traité découvert sur les katsu apparaît dans le Koreijai Kyuho (Traité des soins d’urgence), qui date de la fin du XVIIIème siècle.
Ce manque de précisions sur les origines des kappō peut s’expliquer par la méthode de transmisson orale de ces techniques de réanimation. De plus, elles étaient tenues secrètes par les maîtres d’arts martiaux, qui diffusaient ces informations qu’à un cercle restreint de disciples. Pour les pratiquants de Judo, les katsu étaient enseignés après l’obtention de 1er Dan.
La cérémonie de transmisson se déroulait le plus souvent dans un dōjō, la nuit, dans le plus profond secret.
Cette cérémonie s’avère plutôt impresionnante. Le nouvel admis au grade de 1er Dan est d’abord mis en syncope par une technique de strangulation sanguine (Gyaku juji jime). Après «ressuscitation», le nouvel initié doit prêter serment de ne jamais révéler les secrets qui vont lui être dévoilés.

Ci-dessous, vous trouverez un témoignage de Jean-Lucien JAZARIN, 7ème Dan, un des pionniers du judo Français, extrait de son livre l’Esprit du Judo, Entretien avec mon maître traitant de la dite cérémonie :
« Quelques jours après l’obtention de ma ceinture noire, le maître réunit tous les nouveau promus, fit soigneusement fermer les portes à clef, de façon que personne ne puisse pénétrer dans le dōjō. « Maintenant vous Ceinture noire, nécessaire étudier kuatsu, dit-il, mais c’est enseignement secret, nécessaire promesse avant, jamais parler ».


Note
1.Connu sous le nom de Kyaba no michi (chemin de l’arc et du cheval), il se traduit par Voie du guerrier (武士道). C’est le code d’honneur et de comportement social pour celui qui pratique les armes (samouraï).

2. Traduit comme « Voie du combat » (武道), cela regroupe tous les arts martiaux japonais considérés comme méthode éducative (Judō, Karate-dō, Aïkidō, Kendō, etc.).

Chacun individuellement, à genoux, dut prononcer le serment, main droite levée, de ne jamais révéler, sauf à une Ceinture noire ou autorisation spéciale, l’enseignement du kuatsu.
Le kuatsu est nécessaire aux Ceintures noires, car prenant souvent la responsabilité d’un cours, ils devaient être en mesure de réanimer celui qui aurait accidentellement perdu connaissance ou subi un étranglement poussé.
Le Maître, après nous avoir soigneusement montré les procédés et les points de réanimation, invita certains d’entre nous à subir volontairement l’étranglement et la réanimation
(...). Les techniques de réanimation étaient remarquablement efficaces et quelques secondes suffisaient pour « ressusciter » le patient. Cela nous donnait un sentiment de grande sécurité.  Le maître insistait sur la nécessité de calme absolu et d’absence de précipitation chez celui qui réanime. Son exemple était impressionnant, il saisissait sans hâte, avec une sorte de solennité, le « gisant » et avec précision, concentration, résolution, appliquait les techniques du kuatsu qui devenaient alors extrêmement efficaces. Suivait l’enseignement de quelques techniques de sei-fu-ku qui, elles, n’étaient pas secrètes, pour la remise de quelques luxations, quelques réductions de fractures, précautions de médecine d’urgence, etc. Cette séance nous fît pénétrer plus avant dans le côté intime du Judo et nous commencions à nous sentir vraiment Ceinture noire avec la fierté et la responsabilité qui s’attachaient à cette dignité.»3

D’aprés ce qu’il a pu comprendre de son maître, J-L Jazarin explique l’une des raisons de la confidentialité de cette cérémonie : si l’on enseignait les techniques de réanimation aux débutants, connaissant les étranglements, ces derniers n’auraient plus de retenue et étrangleraient de manière non controlée et sans conscience certaine du danger, pouvant conduire à des accidents graves.
Dans ce cas, pourquoi apprendre les étranglements ? En observant les sempaï (voir article sur le dōjō), les judokas pourraient les imiter et reproduire leurs étranglements en randori - avec une efficacité partielle - même sans apprentissage. Il n’est donc pas nécessaire de les tenir secrets. Cependant, en maintenant les katsu secrets et en réservant leur apprentissage et leur pratique qu’aux judokas confirmés (et ceinture noire), une mesure de prudence est créée. Elle permet de limiter la pratique des étranglements au plus gradés (ou en présence d’une ceinture noire) et évite les comportements dangeureux des débutants, pas assez conscients du danger de ces techniques.

Dans l’ancien Japon, les kappō étaient classés parmi les huit arts martiaux :
• Maniement des armes de poing à courte distance : KATANA  (刀 - « sabre »), TANTŌ (短刀 - « poignard »).
• Maniement des armes de poing à moyenne distance : NAGINATA (薙刀 - « hallebarde »), JŌ (杖 - « bâton moyen »).
• Maniement des armes de jet : YUMI (弓- « arc Japonais dissymétrique » utilisé en KYŪDŌ (弓道), SHURIKEN (手裏剣 - « étoile, dard »).
• L’équitation : BA-JUTSU (馬術).
• La nage : OYOGU (游ぐ).
• Les techniques de frappe : KARATE-DŌ (空手道).


Note
3. Jean-Lucien JAZARIN, Esprit du Judo, Entretien avec mon maitre, Budo Editions, 2006,p. 25-26.

• Les techniques de lutte : JUDŌ (柔道), AÏKIDŌ (合気道).
• L’étude du corps humain : SAPPŌ (殺法) - ou KYŪSHŌ (急所) - « points vitaux »), KAPPŌ (活法 « techniques thérapeutiques »).
Il faut savoir que le kappō est la branche majeure d’un ensemble plus étendu, appelé Seifuku (整復).4

Caractéristiques

Les kappō sont des techniques de réanimation utilisées après un choc nerveux, un évanouissement ou une syncope. Elles se composent de plusieurs procédés comme des massages (shiatsu), des percussions à l’aide des mains, des doigts, des poings ou encore des pieds, sur divers points vitaux, par l’intermediaire des méridiens (acupuncture). Selon le kappō appliqué, le procédé d’action est différent.
On en répertorie trois : stimulation cardiaque, stimulation respiratoire (expression abdomino-thoracique) et action de percussion réflexogène vive, rapide et brève.

Il existe différentes méthodes de kappō 5. On en distingue trois groupes :

Les So katsu (katsu majeur):
Cette série de katsu, appelée katsu intégral, associe l’ensemble des procédés et des effets expliqués ci-dessus. Elle-même est divisée en trois sous-groupes :
   - Agura so katsu (techniques intégrales sur un individu en position assise),
   - Tanden so katsu (techniques intégrales appliqués sur le ventre d’un individu allongé sur le dos),
   - Ushiro so katsu (techniques intégrales appliqués sur le dos d’un individu allongé sur le ventre).

Les katsu mineurs :
Ils n’agissent que sur un type d’action. Ils sont répertoriés comme tel :
   - Les hai katsu pour les katsu respiratoires : Le sei-katsu est le katsu le plus connu des hai katsu. Appelé aussi katsu vrai, puisqu’il stimule le nerf sympathique vrai. Il est considéré comme le katsu fondamental à appliquer en premier lieu avant tout autre katsu. Certains katsu sont déja connus et appliqués en secourisme comme l’aiki katsu : appélé en France le «bouche à bouche »
   - Les shinzo katsu pour les katsu cardiaques :
Un des ces katsu ressemble à la technique du massage cardiaque externe décrit par les docteurs Jude, Kouwenhoven et Knickerboker6 dans les années 1960. Celle-ci est aujourd’hui encore, enseignée et réalisée dans le cadre de la prise en charge d’une victime en arrêt cardio-respiratoire.
   - Les tsuki katsu pour les percussions reflexogènes :
Le jinko katsu, o katsu ou encore seoi katsu fait partie de cette famille.

Les katsu de soulagement :
Ce ne sont pas à proprement parler des techniques de réanimation, mais ces katsu sont tout de même classées dans les katsu, car font partie du seifuku. Ils traitent les trausmatismes aux testicules, les palpitations cardiaques, l’essoufflement (ou souffle coupé) ou encore l’epistaxis (saignements de nez).
Font partie de cette catégorie par exemple : les inno katsu, les kogan katsu.


Note
4. Sei (整) « authentique, vrai » et Fuku (復) « remettre, rétablir ». Ce sont les techniques de reconstruction, permettant de réduire les traumatismes comme les fractures ou luxations.

5. On peut citer, le tanden kuatsu (methode du bas ventre), le jinzo kuatsu (methode des reins), l’ishi kuatsu (méthode manuelle). Ils s’appliquent aussi en dehors des arts martiaux, comme avec le suishi kuatsu (méthode pour les noyés).

6. Chirurgiens de l’hôpital universitaire John Hopkins de Baltimore qui édictèrennt les règles techniques et expliquèrent les fondements théoriques du massage cardiaque externe tel qu’il est pratiqué aujourd’hui.

Cas concrets

Nous allons à titre d’exemple décrire quelques-uns des ces katsu. Pour rappel, ces techniques ne doivent en aucun cas être reproduites.

Seoï katsu:
C’est la technique de choix des judokas pour la réanimation, en cas de syncope suite à un étranglement. Elle utilise des percussions rélfèxogènes au niveau de la 6ème vertèbre dorsale (zone médio-thoracique). Le sujet est assis, jambes étendues, bras ramenés devant la poitrine, les mains entre les jambes. L’intervenant est derrière le sujet, genou droit au sol, la main gauche posée à plat sur sa poitrine.
Le katsu consiste en une frappe en rebond, avec le talon de la main droite, en remontant l’apophyse épineuse - ou processus épineux - de la 6ème vertèbre dorsale.

Seoi katsu web

 

Seikatsu:
Il est utilisé lorsque le seoï katsu à échoué.
Le genou droit de l’intervenant vient se placer en contact avec la zone médio-dorsale. Ses deux mains, passant au-dessus des épaules du sujet, sont disposées à plat sur la poitrine de ce dernier. Les paumes sont dirigées vers les côtes, pouces écartés, doigts serrés au niveau du plexus solaire. La manœuvre s’effectue en deux temps.
D’abord, le sujet est poussé sur l’avant pour provoquer une expiration. Puis, un rapide balancier arrière en appui sur le genou - remontant les mains vers les épaules, les tirant en arrière - engendre une légère percussion au niveau de la 6ème vertébre dorsale et une forte inspiration. Cette respiration forcée associée à une percussion réflexogène provoquent le redémarrage de la respiration du sujet. Deux à six coups suffisent.

 

Seikatsu web

 

Kikaï so katsu:
Le sujet est allongé sur le dos, les jambes dans le prolongement du tronc, et les bras étendus latéralement. Rien ne doit le serrer ou le comprimer (col, ceinture...). L’intervenant se place sur la droite du sujet, genou droit au sol, le gauche levé. La main gauche est posée sur son épaule droite pour le maintenir.
Avec la main droite, doigts repliés et relevés, l’intervenant exerce un massage sur le creux de l’estomac.
Il tourne dans le sens des aiguilles d’une montre, en augmentant progressivement la pression, pour arriver en une dizaine de fois, à un massage profond et énergique.
Il s’arrêter alors, puis place le talon de la main droite, doigts repliés, sur le plexus solaire du patient. Les doigts sont un peu au dessous de la base du sternum. Il abaisse l’avant bras jusqu’à ce que le coude repose sur le bas ventre du sujet. Il presse en remontant d’une façon énergique et ferme. Enfin, il relâche la pression, ramenant l’avant bras vers l’arrière et recommence.

Kikai so katsu web

 

Kogan katsu:
Ce katsu est utilisé dans le cas de coup au bas-ventre.
Cette technique se fait sur une jambe ou l’autre, sans préférence particulière. Le sujet est allongé sur le dos. L’intervenant saisi le talon du sujet et frappe un point situé à mi-distance de la malléole interne et de l’articulation du gros orteil avec le poing ou le tranchant de la main.

 

Kogan katsu 1 web

 

Katsu pour l’epistaxis:
L’intervenant applique la main droite à plat, derrière la tête et la main gauche au niveau du menton, pour maintenir la tête du sujet.
Il fait faire ensuite, à la tête du sujet, des mouvements de droite à gauche, afin de bien décontracter les muscles du cou. La tête doit être totalement relâchée, ne reposant plus que sur la main gauche.
Puis, avec le tranchant de la main droite, paume tournée vers le haut, il faut frapper un ou deux coups secs et rapides en remontant (mouvement de cuillère). Le recul de la main au moment de la prise d’élan ne doit pas excéder 10 cm.
Cette manœuvre à pour but de créer une vibration dans la 1ère vertèbre cervicale. Cette vibration va interrompre, de façon momentanée, la circulation sanguine, permettant la coagulation au niveau des veinules rompues.

 

Katsu epistaxis web

 

Conclusion

De par leur transmission orale, et leur caractère secret, les kappō restent encore méconnus. Les écrits en témoignant sont très peu nombreux. A ce jour, aucune étude médicale sérieuse n’a pu prouver leur efficacité. Certains auteurs ont essayé de les rationaliser et de classer ces katsu, mais sans preuve médicale fiable pour pousser le corps médical à s’y intéresser. Toutefois, certains katsu, pratiqués depuis des siècles, ressemblent et concordent avec les méthodes de secourisme actuelles, mises en place il y a 50 ans, tels que bouche à bouche (aiki-katsu) et massage cardiaque (jinzo-katsu). En effet, le Dr Safar7 (père de la réanimation cardio-pulmonaire) et les Dr Jude, Kouwenhoven et Knickerboker (fondateurs de la méthode de massage cardiaque) ont mis en place leurs méthodes de réanimation dans les années 1956-1960. Certains katsu sont sans danger à pratiquer, mais d’autres représentent un risque plus important.
Il est important de comprendre que l’utilisation d’un katsu peut être considérée par la Justice comme exercice illégale de la Médecine. Il est interdit de le pratiquer en France depuis les années 60 bien qu’utilisé dans d’autres pays.

Alors les katsu sont-ils réellement efficaces?
Vaste question à laquelle il est difficile de répondre. Il n’en reste pas moins que les katsu furent utilisés durant des siècles par les pratiquants d’arts martiaux puis par les judokas. Certains témoignent d’ailleurs de leur efficacité, ayant été témoins ou même sujets de ces pratiques. Le kappō mériterait donc de retrouver sa place au sein des dōjō afin de ne pas perdre cette partie de la culture judo.


Note
7. Peter Safar (Vienne, Autriche, 12 avril 1924 - Mt. Lebanon en Pennsylvanie, États-Unis, 2 août 2003) est un médecin autrichien, professeur d’anesthésie-réanimation à l’université de Pittsburgh, père de la réanimation cardio-pulmonaire. Il est l’auteur de ABC of resuscitation parut en 1957.

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Bibliographie

Ouvrages:

HABERSETZER, Gabrielle et Robert. Nouvelle Encyclopédie des Arts Martiaux de l’Extrême-Orient. Amphora, 2004. 883p.

JAZARIN, Jean-Lucien. L’Esprit du Judo, Entretien avec mon maître. Budo Editions, 2006, 253p.

KANō, Jigorō et les grands Maître du Kōdōkan . Judo Kōdōkan. Budo Editions, 2013, 262p.

LASSERRE Robert. Le Livre du kiaï et des kuatsu. Editions Judo, 1954, 183p.

Site internet:

HUBERT, Vincent. Les méthodes asiatiques ancestrales de réanimation sont elles efficaces? In CLub de l'Histoire de l'Anesthésie et de la Réanimation, [en ligne]. <https://www.char-fr.net/Les-methodes-asiatiques.html>, consulté le 10 Avril 2018.

LOUMIS, Didier. Le «Sappô» et le «Kappô»: marque des Koryu In Koryu-arts-martiaux, Ecoles Anciennes et Modernes, [en ligne]. <http://koryu-arts-martiaux.com/le-sappo-et-le-kappo-marque-des-koryu>, consulté le 14 Avril 2018.

Les Kuatsu In KAFFAM, Kawaishi Association Fédérale Francophone des Arts Martiaux, [en ligne]. <http://menusecourskaffam.e-monsite.com/pages/nos-disciplines/les-kuatsus.html>, consulté le 10 Avril 2018.

Article Peter Safar de Wikipédia en français, [en ligne]. < http://fr.wikipedia.org/wiki/Peter_Safar >, consulté le 13 Avril 2018.

 

SOMMAIRE

Date de dernière mise à jour : 05/06/2018

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