Les ceintures et titres au Judo

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     La ceinture, prononcée obi (帯) en japonais, revêt une importance particulière dans le judo et des arts martiaux en général. Pour certains, elle est une motivation et la représentation d’un niveau technique, alors que pour d’autres, elle ne sert qu’à retenir la veste du judogi.
Quoiqu’il en soit, c’est un élément important qui distingue les arts martiaux des autres disciplines.

Est-ce donc vraiment qu’un simple bout de tissus ? Pas si sur…  

Bien que l’on sache que les ceintures de couleurs sont une invention de Jigorō Kanō, on ne connaît pas la date exacte de leur création. Etaient-elles déjà en place lorsque Kano attribua les premiers dan en 1883 ?
A partir de 1886, certaines illustrations d’époque témoignent déjà de la mise en place de ce système. La première mention écrite date de 1913.
ll s’est basé sur le système des Menkyo (免許 – « autorisation ») qui sont des certificats de transmission, qui date du 16ème siècle environ. Ces menkyo se présentaient sous la forme de rouleau où été inscrit différentes informations concernant celui qui le recevait (comme son nom, son niveau, les techniques apprises, la durée de la formation, etc..) et était utilisé dans différentes écoles traditionnelles d’arts martiaux et était composé de plus ou moins 5 certificats comme menkyo shoden, menkyo chuden, menkyo okuden.

Si le système des couleurs existe depuis un long moment, il était bien différent de ce que nous connaissons actuellement.

Sa méthode de graduation appelée Kyu-da-ho dissociait 2 groupes, les Kyū et les Dan :

    - Les Kyū (級) représentaient les ceintures des premiers niveaux dont les grades étaient classés par ordre décroissant. Kyu peut se traduire par catégorie ou position.

   - Les Dan (段) représentaient les ceintures arrivant après les kyū. A l’inverse, des Kyu, les Dan sont classés, par ordre croissant. Le terme Dan peut se traduire par degrés.

Ainsi, en 1913, les kyū étaient au nombre de 5, répartis en 2 couleurs de ceinture. La ceinture blanche (5ème et 4ème kyū) et la ceinture marron (du 3ème au 1er kyū) pour les adultes. Les jeunes pratiquants mettaient une ceinture violette à la place de la ceinture marron. Plus tard, un sixième kyū fut ajouté à la ceinture blanche.

Les dan, quant à eux, sont aux nombres de 10. Il n’y avait normalement pas de plafond mais Kano n’ayant pas attribué de son vivant de ceinture allant au-delà du 10ème dan, c’est la limite qui est encore usité de nos jours. Dans un premier temps, ils sont répartis en 2 couleurs : la ceinture noire (1er au 9ème dan) et la ceinture rouge (10ème dan et au-dessus). 
A savoir que Jigorō Kanō a été élevé au  grade de 12ème dan à titre posthume - qui est matérialisé par une ceinture blanche large - afin que personne ne puisse le dépasser en grade, étant le fondateur du judo. Le 11ème dan ne peut donc pas être attribué.
C’est après 1931 qu’une troisième couleur apparaît : la ceinture rouge et blanche pour les grades de 6ème à 9ème dan inclus. Après une réforme en 1943, les 9ème dan furent autorisés à porter la ceinture rouge mais elle devait être portée uniquement lors les cérémonies officielles.

Une autre couleur de ceinture est mentionnée dans les « Règles concernant les dan et kyū ». Cette ceinture bleu clair était réservée aux débutants, qui ne faisaient pas partie pleinement du dôjô. Elle n’a toutefois jamais été évoquée par Kanō.

Une distinction était faite en fonction du genre du porteur de ceinture. Même si les ceintures portées par des femmes étaient de mêmes couleurs que celle des hommes, elles arboraient néanmoins une ligne blanche médiane (d’1/5e de la largeur imposée par le Kōdōkan jusqu’en 1999). En 1999, la Fédération Internationale de Judo (FIJ) interdit l’utilisation de ces ceintures en compétitions internationales.

Pourtant, elles sont encore portées dans les dôjô au Japon. Les raisons de cette distinction demeurent inconnues mais Yves Cadot propose quelques théories sur son site, ici.
Si Jigorō Kanō a mis en place le système de couleurs, il n’a jamais justifié le choix de celles-ci. Différentes explications et théories ont été proposées mais aucun document solide connu ne peut à ce jour les confirmer.

Voici ce que dit Jigorō Kanō à propos du système de grade :
« J’ai fondé le Kôdôkan en l’an 15 de Meiji [1882] et ai fixé les grades des pratiquants sans tarder. Autrefois, en fonction des habitudes, le nombre de grades différait et, pour chacun, on se voyait remettre des rouleaux aux noms divers mais, en général, il existait trois grandes divisions qui étaient mokuroku, menkyo et kaiden (...). Je ressentis qu’il y avait trop de temps entre chacune pour que cela soit d’une quelconque aide sur le plan de la motivation des pratiquants.
Alors, je baptisais les débutants mudan-sha [personnes sans dan] que je séparais en trois divisions, kô, otsu, hei et je mis sur pied un système dans lequel on devenait 1er dan après une certaine progression dans la pratique puis 2e, 3e, 4e dan et ainsi de suite vers le haut, en faisant en sorte que le 10e dan soit attribué aux personnes qui, dans l’ancien système, auraient atteint le niveau kaiden. Par la suite, je ressentis encore qu’avec mon système des trois étapes kô, otsu et hei pour les personnes sans dan, le temps était toujours trop important entre deux pour les motiver, et je réformais le système en instaurant un 1er, un 2e, un 3e, un 4e, un 5e kyû ainsi qu’un non-grade, ce qui correspondait à six kyû. En y réfléchissant avec l’expérience acquise depuis, je pense que cela correspond assez bien aux besoins. »
Traduction Yves Cadot.

 

C’est en 1926 que Gunji Koizumi inventa les ceintures de couleurs d’aujourd’hui. Il est considéré comme le père du judo britannique, fondateur de la British Judo Association (BJA) et du premier dojo en Europe. Elles apparaissent de manière officielle sur les comptes-rendus du Budokwai en 1927.

Grades ceintures de couleurs

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Il y a alors 5 kyū : Blanche, jaune, verte, bleue et marron. La ceinture orange sera ajoutée en 1928 passant à 6 le nombre de kyū, dans le but de se mettre en conformité avec les 6 kyū du Kōdōkan.
Selon certains, les couleurs seraient basées sur la couleur des boules de billard mais on ne trouve rien pour corroborer cette hypothèse.

C’est sous l’impulsion d’un expert japonais Mikinosuke Kawaishi, suite à un séjour en Angleterre et après s’être basé sur le modèle anglais, qu’à l’automne 1935, elles sont introduites en France, avec le programme d'enseignement qui leur était associé. Maître Kawaishi créa ensuite sa propre méthode appelée « Méthode Kawaishi ». Les couleurs des kyū sont alors les même que ceux de Koizumi.
Ce modèle de grade sera celui de référence. Les ceintures intermédiaires, blanche-jaune, jaune-orange et orange-verte seront mises en place en 1990 pour répondre au mode de pensée occidental actuel, élevant les kyū au nombre de 9, ce que l’on connaît aujourd’hui.

Il existait bien une ceinture violette mais elle fut retirée lors de l’apparition de ces ceintures intermédiaires.

En plus du système des grades, existe un système de titres ou grades honorifique des arts guerriers, le système Shōgō (称号) littéralement « titre, qualification », établi par le Dai Nippon Butoku Kai (大日本武徳会) le 3 Juin 1902.  Elle s’est basée sur les Menkyo et ont été crée sous l’impulsions Jigorō Kanō.
Ils ne sont pas systématiquement attribué (ils sont indépendant des kyu/dan) et était  composé de 2 distinctitions :  Kyōshi, (教士) et Hanshi (範士). Puis le 1er avril 1934, a vu l’introduction d’un troisième titre (le moins élevé des trois): Renshi (錬士).  A l’époque, ils ne pouvaient normalement être délivrés que par l’empereur du Japon ou des membres habilités de sa famille.

Ces titres honorables, ou de maîtrise, sont un complément de graduation dans les arts martiaux traditionnels. Pour cela, un certain nombre de conditions  devaient être remplies dont le grade, 6ème dan au moins pour renshi, 7ème dan pour kyōshi et 8ème dan pour hanshi âge minimal de 60 ans
De nos jours, le titre de renshi peut être attribué aux grades du 4ème et 5ème dan, kyōshi aux grades du 6ème et 7ème dan et hanshi aux grades du 8ème au 10ème dan.

Un texte fut publié donnant des précisions sur ces trois titres:
« Article 1
Les niveaux de ceux qui se consacrent aux arts martiaux en tant que membre de l’Association de la vertu guerrière du Grand Japon sont, selon le degré et les appellations, comme suit;
Article 2
Les appellations sont : hanshi,kyōshi et renshi.
Les degrés vont du Shōdan(1er dan) au 10e dan.
Le présidents peut créer quelques degrés autres que les dan pour les débutants (...)
Article 6
Il est nécessaire pour ceux qui pourraient obtenir une de ses appellations de remplir les conditions suivantes;
Maître (hanshi)
1. Celui qui reçoit l’appellation de maître possède une expèrience de plus de sept ans, en outre il doit avoir plus de soixante ans.
2. Il doit avoir de la constance dans la vertu, une grandeur d’âme, une certaine maturité et du talent, et être un modèle dans ces voies.
3. Etre méritant dans les arts martiaux.
Professeur (kyōshi)
1. Posséder la distinction d’assistant (renshi)
2. Etre minimum 5e dan
3. Posséder une connaissanceconstante et sûre appropriée aux arts martiaux.
Assistant (renshi)
1. Avoir assisté à la grande représentation de la fête du Butokukai, avoir,passé un examen choisi par la commission des examens et avoir été reçu audit examen
».
Traduction Michel Mazac.


Deux autres titres sont couramment utilisé mais ne font pas partie du shōgō. Le Deshi (弟子), traduit par « disciple » qui peut être attribué aux grades de  2ème et 3ème dan et Meijin (名人), « trésor vivant » attribué au grade de 10ème dan.
On retrouve le terme shi (士) dans bushi (武士, « le guerrier, le samurai »), dans le shi de kishi (騎士, « chevalier »),  et dans le shi de shikan (士官, « officier »). Dans les arts martiaux,  il peut-être traduit par « instructeur ».

Voilà les  principaux titres que l’on retrouve au judo :

Sensei (先輩)
C’est le professeur. Littéralement « celui qui a vécu avant ». Il détient la connaissance de son art.  Ce titre n’est pas réservé qu’aux arts martiaux. Au Japon, on appelle aussi son médecin « Sensei ».  Ce titre ne doit pas amener ni à l’admiration ou à une vénération quelconque. C’est juste la reconnaissance d’un savoir acquis par le travail.

Renshi (錬士)
Il représente le titre d’instructeur, « Maîtrise extérieure », à partir du 4ème et 5ème dan, professeurs pour les grades inférieurs, assiste souvent un kyōshi. C’est le stade d’approfondissement et de rayonnement au sein du groupe. Le caractère ren (錬) peut se traduire par « entrainer ». Ainsi, renshi signifie « un instructeur », ou un expert.

Kyōshi (教士)
Titre de professeur avancé, « Maitrise intérieure ». Généralement attribué au  6ème et 7ème Dan, se sont les chefs instructeurs ou assistants du hanshi. Le niveau de kyōshi est la maîtrise et le rayonnement du Budo qu’il représente.
Le caractère kyō (教) dans kyōshi signifie « enseigner, instruire ».

Hanshi (範士)
C’est titre de professeur des professeurs, « Maîtrise extérieure et intérieure unifiées » (8ème, 9ème et 10ème Dan). Hanshi est un titre et une distinction qui concerne les pratiquants ayant placé le Budo au centre de leur vie et qui ont, par leur savoir, et leur exemple, participé à sauvegarder l’essentiel de leur art. Le han (範) dans hanshi signifie « exemple, modèle ».

Meijin (名人)
Titre est attribué à un individu qui a atteint le rang le plus élevé soit 10e  de Dan.
C’est un titre accordé  par un conseil spécial d’examinateurs.
Mei (名) signifie « célèbre, grand, réputé, remarquable, ou exceptionnel » et jin (人) peut être traduit par « une personne, quelqu’un, un humain ».
Meijin signifie « personne remarquable, personne réputée ». L’appellation « trésor vivant » est aussi utilisée mais est moins correcte.

Shihan (師範)
Grade  minimum  7ème  Dan kyōshi.
Shihan signifie simplement « instructeur ». A l’inverse des titres ci-dessus, il n’est pas lié à un niveau ou à un grade.

On le retrouve souvent dans la nomination de Jigorō Kanō. Ex : Jigorō Kanō Shihan.
Shi (師) dans ce cas veut dire « professeur, maitre, mentor » et han (範) comme dans hanshi signifie « exemple, modèle ».Le système de grade inventé par Jigorō Kanō connu un tel succès qu’il sera repris  par d’autres arts martiaux en complément des Menkyo. C’est ce système de kyū /dan qui est le plus utilisé encore de nos jours notamment en occident ou il marque encore la progression dans les arts martiaux.

Grades supèrieurs

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Le système de grade inventé par Jigorō Kanō connu un tel succès qu’il sera repris  par d’autres arts martiaux en complément des Menkyo. C’est ce système de kyū /dan qui est le plus utilisé encore de nos jours notamment en occident où il marque encore la progression dans les arts martiaux.

 

Réflexion personnelle :
    La plupart des élèves me posent la fameuse question : « Quand est-ce que je vais passer ma ceinture ? » C'est une question légitime, il est normal, tout à fait normal même, de désirer une ceinture à un moment donné, de se fixer cet objectif. Cela flatte l’égo et récompense le pratiquant. Mais ils la désirent parfois à tel point qu’ils en oublient l’essentiel.
Rappelons que la ceinture n’est pas une fin en soi mais représente le parcours effectué. Elle donne une indication visuelle pour son partenaire qui saura adapter son niveau et inversement. Elle représente aussi une responsabilité envers les moins gradés. La ceinture est avant tout, quelque chose de personnel, c’est votre niveau, le travail que vous fournissez pour vous-même.

Alors oui, être ceinture marron (alors que l’on n’a pas le niveau !) est gratifiant pour l’ego mais ne vous y trompez pas, cela se verra sur le tapis !!! D’où l’importance des passages de grade. Il est vrai qu’un professeur n’a pas besoin du passage de grade pour voir si son élève est prêt, mais il représente une occasion pour l’élève de montrer son niveau et d’être assuré que la ceinture qu’il a autour de sa taille est représentative du niveau exigé. Le passage génère, il est vrai, un peu de stress. Mais il faut apprendre à le maitriser et apprendre par la même occasion à se préparer à un examen.
Pour conclure, le passage d’une ceinture n’est au fond qu’une étape que l’on passe aisément si l’on a travaillé sérieusement sur le tatami.

 

Bibliographie :
Ouvrages
HERNANDEZ, Jean-François. Judo (Jujutsu), Méthode et pédagogie. Fabert, 2008. 115p. pédagogues du monde entier.
BROUSSE, Michel. Les racines du judo français: histoire d'une culture sportive. Presse Universitaire de Bordeaux, 2005. 365p.
CADOT, Yves. Promenades en Judo. Métatext, 2015. 417p.
MAZAC Michel, Jigoro Kano, Père du Judo, Budo Editions, 2006, 315p.

Site internet
CADOT, Yves. Ligne blanche sur ceinture noire In Le dire en corps, Corps et pratiques au Japon [en ligne]. <https://corpsjapon.hypotheses.org/83>, consulté le 25 septembre 2016
CDRAM (Centre de Développement et de Recherche sur les arts martiaux) [en ligne]. <http://cdram.jimdo.com>, consulté le 25 septembre 2016
HUSERT, Jack. Titres honorifiques en arts martiaux In 神龍 – Shinryu [en ligne]. <http://www.shinryu.fr/2214-titres-honorifiques-en-arts-martiaux.html>, consulté le 27 Février 2017
TELLIER, André. Grades et titres In Les infos du CTIR Aïkibudo [en ligne]. <http://ctir-aikibudo.eklablog.com/grades-et-titres-a125088376> consulté le 27 Février 2017
Article Shōgō In Wikipédia en français, >, [en ligne]. <http://fr.wikipedia.org/wiki/Sh%C5%8Dg%C5%8D>, consulté le 27 Février 2017

Date de dernière mise à jour : 09/03/2017

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