Le Salut

Reigi web

Un fameux proverbe japonais dit «Budo wa rei ni hajimari, rei ni owaru» (武道は礼に始まり、礼に終わる), «Les arts martiaux commencent par un salut et se terminent par un salut»Le salut, vient du latin salus, qui veut dire « bon état de santé, compliment, conservation (de la vie), la cessation du danger, et même le bonheur. »
Il existe depuis longtemps et est la base du bien Rei nouveau kanji webvivre. Le salut marque le respect et ce dans diverses cultures et époques. Par exemple, les gladiateurs utilisaient la célèbre phrase : «Ave Caesar morituri te salutant » pour témoigner de ce respect à leur empereur.
Mais c’est le salut au Japon que nous allons approfondir, dans le cadre de notre intérêt pour les arts martiaux et le judo en particulier. Un pays où le salut a une importance très particulière.
En japonais on le nomme rei,
礼 (kanji actuels)
示豊 (kanji anciens)

Etymologie :
Yves Cadot dans son ouvrage « Promenades en judo » en fait l’étymologie et l’explique en ces mots :
« Le caractère rei (« salut »), dans sa forme ancienne,Rei ancien kanji web signifie « placer sur l’autel de nombreuses offrandes bien arrangées. » Il peut désigner, aujourd’hui encore, une offrande, un cadeau, une parole, une lettre de remerciement, mais aussi un comportement socialement juste adapté, correct, c’est à dire « conforme aux attentes » aux habitudes de la société fondées sur l’expérience » et de rajouter en complément : «  On le traduit souvent par politesse, ce qui correspondrait plutôt au terme reigi, souvent utilisé par Kano, et dont la définition est : « Manières que doit suivre l’homme pour que ses relations avec les autres soient pleines, et pour maintenir l’ordre social. »»

Le salut au Japon :

Le salut, dans la culture japonaise appelé ojigi (お辞儀), régit toutes les relations au Japon. L’étiquette le concernant est très stricte et a une importance capitale pour tous les Japonais.
En effet, l’ojigi comporte de nombreuses règles complexes, qui sont apprises aux plus jeunes dès l’entrée à l’école primaire. Les entreprises organisent aussi des remises à niveaux pour éviter de commettre des maladresses.
 

Se tromper dans la manière de saluer est très mal vu au Japon. Il est donc appliqué avec le plus grand sérieux.
Il serait exagéré de penser qu’il y a un salut pour chaque situation mais dans chaque situation le salut est présent (relations au travail, suivant la hiérarchie, relations amicales, relations avec des inconnus, etc).
C’est donc tout naturellement qu’on le retrouve au Judo et dans les arts martiaux en général.
C’est la première chose que l’on apprend quand on commence de Judo. Soit de manière très formelle, soit par simple imitation. On le reproduit des milliers de fois au cours de notre pratique.
Il devient par la suite un geste que l’on effectue sans y faire attention. Il peut arriver que la salut soit bâclé et parfois même oublié par certains.
Mais une chose est sûre, comme l’étiquette, il est au centre de notre art martial.

Nous allons à présent aborder les modes de salut au judo, leurs codes ainsi que son importance puis, nous évoquerons l’histoire du salut au Judo.

Il existe deux positions de salut, que nous détaillerons plus loin, qui témoignent du respect que l’on a pour une personne. Le plus pratiqué est le salut debout.
Le salut s’effectue en courbant le haut du corps, en basculant les hanches vers l’arrière pour ainsi se pencher vers l’avant. Le dos doit être droit, le regard vers le bas.
La position diffère selon le sexe. Les femmes posent leurs mains sur leurs genoux en les faisant glisser le long des cuisses, alors que les hommes maintiennent les bras sur le côté.
Selon les rapports entre les personnes et la situation, l’inclinaison du corps sera plus ou moins importante.
Il y a 3 sortes de salut debout:
    - Eshaku (会釈) : Salut informel, il est pratiqué surtout lorsque l’on connaît bien les personnes (ex : amis). C’est un salut rapide avec une inclinaison du corps de 15°.
    - Keirei (敬礼): Salut poli formel, utilisé dans le monde des affaires, ou pour les excuses d’une faute sans gravité, ou bien pour des remerciements. C’est un salut plus ou moins long selon le cas avec une inclinaison de 30°.
    - Saikeirei (最敬礼) : Salut appuyé très formel. Utilisé pour s’excuser d’une faute grave, pour des remerciements. Il est aussi utilisé dans les lieux de culte (temples bouddhistes ou sanctuaires shinto notamment).
C’est un salut plus ou moins long selon le cas avec une inclinaison de 45°.

Le salut au sol, dogeza (土下座), n’est pratiquement plus utilisé car il est considéré comme une soumission.

Sa forme la plus sévère est appelée kōtō (叩頭). On s’incline jusqu'à ce que son front touche le sol. La seule fois qu’il est utilisé est pour demander des excuses.

3 salut web

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Pourquoi saluer au Judo ?
Avant d’évoquer les différents saluts existant au Judo, il est important de comprendre quel est son rôle et dans quelles conditions l’effectuer.
Comme nous l’avons déjà expliqué, il est une marque de respect (de soi, de son partenaire ou des lieux). Il doit donc être fait de manière rigoureuse. Le contraire trahira de fait, un manque de respect, d’intérêt ou de politesse envers son destinataire et serait donc vide de sens. Pour cela, tous les saluts effectués doivent être lents, avec un placement juste et de manière sincère.  
Dans son livre « Méthode et pédagogie », Jigorō Kanō explique : « le salut est une expression de respect envers autrui… De cette façon, ils (les combattants) expriment leur état d’esprit, à savoir qu’ils ne se combattent pas seulement pour se perfectionner par la technique et la pratique du Judo mais aussi pour se témoigner un respect mutuel ».

En effet, un combat de judo sans salut ne serait ni plus ni moins qu’une lutte brutale sans but.
De plus, il souligne que le judo n’est pas une distraction, qu’il a un but et qu’il faut le pratiquer avec sérieux. Le salut permet de refreiner les ardeurs, de se recentrer et de maîtriser ses émotions avant de pouvoir commencer à pratiquer. Il permet aussi de modifier le rapport que l’on a avec l’autre. On accepte de se comporter d’une manière (entendue par le partenaire aussi) qui ne serait pas acceptable en dehors du dojo (jeter son partenaire au sol, ou faire des clés et strangulations), tout en respectant les règles du judo.

Comment saluer au Judo?

Ritsurei

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Pour le pratiquer de manière correcte, avec les bonnes formes, des codes ont été mis en place.
On appelle cela l’étiquette ou reigi (礼儀), littéralement courtoisie.
On retrouve, au judo, les deux sortes de salut du ojigi :

    - Ritsurei (立礼) est le salut debout. Pour l’exécuter, on se place en musubi-dachi (結立) (talons joints, pieds formant un angle de 45°). Avec le dos bien droit, on s’incline vers l’avant (de 30°) en reculant les hanches. Les mains glissant le long des cuisses pour se placer au dessus des genoux. On maintient la position 2-3 secondes avant de revenir en position. Il faut se situer à environ 1,5 m de son partenaire lors du salut. Il est identique au salut traditionnel keirei, sauf pour le regard. On ne baisse les yeux que lorsque l’on salut le shomen ou que l’on veut montrer un profond respect. Dans les autres cas, on regarde devant soi.

Le salut

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  - Zarei (座礼) est le salut en seiza (正座) c’est à dire à genoux, littéralement « s’asseoir de façon juste, correcte».
On démarre debout en musubi dachi. On commence par poser le genou gauche à l’endroit où se trouvait le pied gauche, les orteils sont accrochés. Puis on pose le genou droit de la même manière, orteils accrochés. Musubi dachi webUne fois fait, on allonge les orteils au sol (les gros orteils doivent se chevaucher), et on s’assoit sur les talons. L’écart entre les genoux doit être de la largeur de deux poings.
Maintenant on s’incline vers l’avant sans décoller les fesses des talons, en regardant devant soi, toujours avec le dos droit.Les mains vont se poser en même temps au sol, devant soi, inclinées vers l’intérieur. On plie les bras et on maintient la position 2-3 secondes avant de revenir dans la position initiale.

Pour se remettre debout, on procède dans le sens inverse. On pousse les hanches en avant pour se retrouver en position haute, on accroche les orteils, place son pied droit à l’endroit où se trouvait le genou droit. On répète la dernière action le genou gauche.
A savoir, il était possible dans certains cas, de faire un salut à genoux « partiel » en posant les deux genoux par terre, tout en laissant les orteils accrochés. On appelle cette position kiza (跪座). Il n’est plus du tout pratiqué pour des raisons de commodité (temps d’exécution trop important). Voici un extrait de « Judo Kōdōkan » écrit par Jigorō Kanō, aidé de ses élèves : «  Avant et après le randori, on peut faire un salut debout ou un salut à genoux « partiel », avec le dessous des orteils contre le sol et les talons légèrement levés. Suivant les circonstances, le salut peut être exécuté à une distance plus (ou moins) grande mais toujours très respectueusement. ». Comme il existe des codes pour le salut au Japon, il existe aussi une « procédure » pour le salut au judo. On l’appelle reishiki (礼式), que l’on peut traduire par cérémonie (shiki) du salut (rei).
En début de cours, professeur, élèves et invités (s’il y en a) demeurent à leur place respective (nous y reviendront dans un prochain article) et procèdent comme suit :

Départ debout, élèves alignés face au professeur, en musubi-dachi.
Le professeur annonce :

« Seiza » : (正座)  « A genoux ». Tous les pratiquants s'agenouillent simultanément.

Puis « Kiotsuke » (気を付け): « Attention ! ». Se tenir le dos droit ;

« Mokuso » (黙想): « Méditation ». Fermer les yeux pour une petite méditation, se recentrer sur soi...

« Mokuso yame » (黙 想 止め): « Méditation terminée ». Tout le monde se tourne vers Shomen.

Le Sempaï (élève le plus ancien dans le plus haut grade) annonce :

« Shomen ni rei » (正面に礼) : « Saluez le Maître ». Sans lui, il n'y aurait pas de judo ;

Puis « Sensei ni rei » (先生に礼) : « Saluez le professeur ». (Shihan-ni-rei lorsqu’un authentique maître préside);

Et enfin « Otagai ni rei » (お互いに礼): « Saluez-vous les uns les autres ». Saluer les autres pratiquants. Sans eux, il n'y a pas de partenaire ;

Le professeur annonce :
 « Kiritsu » (規律): littéralement « Discipline ». Les pratiquants se relèvent simultanément.

En fin de cours, il faut procéder de la même manière en inversant otagai ni rei, et shomen ni rei.

Les positions

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Au Judo, le salut n’a pas toujours été comme on le connait aujourd’hui.
Il apparaît dans onze textes de Jigorō Kanō. Dans ces écrits, ce dernier explique qu’il faut saluer à l’entrée ainsi qu’a la sortie du dōjō, avant les exercices (kata ou randori) et bien sûr ses partenaires, ainsi que les plus gradés.

De plus, il insiste sur le fait que les saluts doivent toujours être fait sincèrement.
Kano n’insiste pas vraiment sur la forme, du moins au début. Ritsurei est décrit lorsqu’il parle du Jū no kata en 1915 alors qu’en 1931, seule une photo agrémentée d’une précision des distances fait office d’explication.
Sur Zarei les explications sont plus nombreuses.
Néanmoins, il y eut de nombreux changements avant que sa forme définitive ne prenne forme, notamment concernant les distances.
Sachez que jusqu’en 1942, et donc même à l’époque de Kanō, on se mettait à genoux en posant le genou droit puis gauche avant d’adopter la forme actuelle gauche/droite !


Finalement, le salut tient une part importante dans tous les dojos abritant la pratique du judo et des arts martiaux en général. Il est une des différences entre un sport avec ses règles (aussi louables soit-elles) et un art martial avec ses codes (Budō (武道)). Grâce au travail de Jigorō Kanō, le Kōdōkan Jūdō fut le premier art martial avec une dimension sociale permettant l’élévation de l’Homme (donc un Budō), et non un simple enchainement de combats victorieux (Bushidō (武士道)).
En les gardant à l’esprit et en continuant à les appliquer avec authenticité, on maintiendra les valeurs chères aux Budō, ce qui contribuera encore et toujours à leur développement.
Comme disait Maître Shozo Awazu, dans un entretien pour le magazine L’Esprit du Judo : « L’esprit du judo ? On ne peut pas l’expliquer […]. Le professeur donne le bon exemple, il n’explique pas l’esprit, il montre. »
Alors point besoin de long discours pour appliquer l’un de ces principes, Jita-Kyoei (自他共栄), entraide et prospérité mutuelle. Un simple salut suffit.
Juste… un salut.

Rei web

Bibliographie :
Ouvrages:
CADOT, Yves. Promenades en Judo. Métatext, 2015. 417p.
FFJDA. Shin, Ethique et tradition dans l’enseignement du judo, Budo Editions, 2008. 127p. « Culture Judo » de la FFJDA
HERNANDEZ, Jean-François. Judo (Jujutsu), Méthode et pédagogie. Fabert, 2008. 115p. pédagogues du monde entier.
KANO, Jigoro. Judo Kodokan. Budo Editions, 2013. 262p.
MICHAUD, David. Japon, 365 us et coutumes. Edition du Chêne, 2010. 365p

Site internet:
DELAGE, Jordy, L'étiquette, pilier de l'Aikido au Japon in Aïkido au Japon, 28 Juillet 2016 [consulté le 19 Décembre 2016]. http://www.aikido-japon.fr/pratique-au-dojo/l-etiquette-au-dojo.
Salus In Dicolatin, [consulté le 19 Décembre 2016].  http://www.dicolatin.com/FR/LAK/0/SALUS/index.htm
Salut Japonais In ClickJapan, [consulté le 21 Décembre 2016]. http://www.clickjapan.org/Coutumes_et_fetes_japonaises/salut_japonais.htm
Shozo Awazu souffle aujourd'hui ses 90 bougies In L’Esprit du Judo, [consulté le 26 Décembre 2016]. http://www.lespritdujudo.com/actualites/shozo-awazu-souffle-aujourd-hui-ses-90-bougies

Une petite vidéo trés bien expliqué sur le salut.

Date de dernière mise à jour : 05/06/2018

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