Le Kōdōkan

Emble me grand kodokan web

Le Kōdōkan est une institution connue, dans le monde entier, comme l’entité matérielle du Judo. Il est le lieu où tout a commencé, mais aussi, à la manière d’un temple, le lieu privilégié où peuvent se rassembler tout les pratiquants du Judo. Son rôle est de garantir la préservation du savoir et de l’esprit du judo, tels que l’avait souhaité Jigorō Kanō. Le Kōdōkan est donc un véritable quartier général, d’ailleurs considéré à l’heure actuelle comme le Centre Mondial du Judo. Pour cela, l’Enseigne de Vaisseau Yves Le Prieurqualifiera le Kōdōkan comme une «Université du jiu-jitsu».

Nous allons alors aborder les raisons et circonstances de sa création, afin de connaître un peu mieux cette institution majeure qu’est le Kōdōkan.

Etymologie

Le Kōdōkan (講道館) littéralement kō (講) signifie « cours magistral, club, association », dō (道) signifie la « voie, le principe » et kan (館) signifie « batiment, résidence ». L’ensemble peut se traduire comme le « lieu pour étudier la voie, le principe».

Emblême du Kōdōkan : Kōdōkan kishō (講道館記章)   Embleme kodokan web

Beaucoup de mystères demeurent autour du Kōdōkan et de ses origines. En effet, on ne connait pas l’identité de son créateur, même si nous savons déjà qu’il ne s’agit pas de Jigorō Kanō! Mais dans quel but a-t’il été créé et quelle serait sa signification? Les sources d’époque, des récits prudents et sans engagement, ne permettent pas d’appréhender précisément la naissance de cette institution.
Une idée reçue laisse penser que l’emblème du Kōdōkan soit une fleur de cerisier. Pourtant, ce n’est pas le cas. Plusieurs éléments peuvent expliquer cette erreur, notamment le manque de sources qui restent à ce jour, rares et imprécises.

L’emblème officiel est fixé durant la présidence de Nangō Jirō (1876-1951) - Neveu de Jigorō Kanō. Ce dernier lui succède ensuite pour la présidence du Kōdōkan (1938 – 1946). A cette époque, le Japon connait une période de troubles avec la Seconde Guerre Mondiale. Il est d’ailleurs probable que ce contexte historique difficile soit à l’origine du manque de sources disponibles aujourd’hui.

    Comme expliqué plus haut, l’emblème ne peut être une fleur de cerisier. En effet, celles-ci sont traditionnellement représentées avec cinq pétales. Or on en remarque huit sur l’emblème.

En fait, il représenterait un miroir en bronze, reprenant cette forme appelée hachiryōkyō (八稜鏡). Elle trouve son origine dans la Chine des Tang (618-907).
Ce miroir est un objet important dans la culture japonaise. Il correspondrait au Yata no Kagami (八咫鏡), un des trois objets représentant le Sanshu no Jingi  « Trésor impérial du Japon » (三種の神器).

D’après la mythologie japonaise, il s’agit de celui de la déesse du soleil et ancêtre de la lignée impériale, Amaterasu (天照). Trompée par son propre reflet, d’un miroir accroché à un arbre, a fini par sortir de la caverne dans laquelle elle s’était retirée, plongeant le monde dans les ténèbres. Elle l’aurait transmis en personne à son petit-fils Ninigi-no-Mikoto, père du premier empereur du Japon : Jimmu Tennō ainsi que l’épéé Kusanagi no tsurugi (草薙剣) et le magatama Yasakani no magatama (八尺瓊曲玉) constituant la représentation symbolique du caractère sacré de la fonction impériale.Concernant l’intérieur de l’emblême, certains y verrait le drapeau du Japon mais une des explications la plus couramment données et que le rond rouge représenterai un noyau de fer forgé et le blanc de la ouate entourant ce même noyau. Ainsi, ceci représenterai l’état d’esprit d’un judoka: fort et dur à l’intérieur et doux et souple à l’extérieur.

« C’est en octobre 1940 (an 15 de l’ère Shôwa) que l’emblème du Kôdôkan fut décidé. On dit que la forme globale rappelle les miroirs de bronze de l’antiquité, et que le cercle rouge en son centre représente un cœur sincère et incandescent tel le métal, tandis que la partie blanche qui l’entoure symbolise l’ouate blanche qui l’enveloppe moelleusement ». Judo daijiten, Atene shobô, 1999, p. 144-5.

Une hypothése sur l’explication de cette théorie nous vient de Yves Cadot, Enseignant chercheur et Maître de conférences à l’Université de Toulouse Jean Jaurès  et auteur d’une thèse sur Jigorō Kanō. Il nous dit ceci:
« Un autre élément qui peut à la fois alimenter le doute comme conforter l’interprétation générale est que nous savons qu’à partir de 1894 ou 1895 existait un drapeau (aujourd’hui disparu) que Kanô Jigorô remettait au représentant du groupe vainqueur lors des rencontres semestrielles des rouges contre les blancs (kôhaku shiai). Or, ce drapeau, composé à part égale d’une partie rouge et d’une autre blanche (si, par exemple, les blancs l’avaient emporté, pour les 6 mois suivants le drapeau était accroché le blanc vers le haut avec un pompon blanc au sommet) était décoré du signe ㊀, « lequel représente un cœur de fer entouré de ouate pour former une boule et qui symbolise, dit-on, un des bons aspects du pratiquant de jūdō, « souple à l’extérieur, ferme à l’intérieur » » ».

Miroir bronze web

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Histoire

Différents emplacements

Le Kōdōkan à été crée en mai 1882  par Jigorō Kanō (qui avait 21 ans et 5 mois)2. Il s’installa dans le bureau du temple Eishōji dans le quartier de shitaya à Kita Inarichō. Le bureau faisait 7 tatamis et l’annexe qui lui servait de dojo faisait 12 tatamis et demi. L’endroit était exigu et n’était pas dédié qu’au judo, il fallait donc tout débarrasser avant de s’entrainer.

Lieu creation kodokan web

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Plus tard, Jigorō Kanō déménagea le Kōdōkan dans le quartier sud de Jinbochō dans la rue Imagawa. La salle ne faisait qu’une dizaine de tatami et s’entrainait était difficile.
En Février 1883, Kanō alla dans le quartier de Kaminiban dans un temple shintō qu’il louait pour installer le Kōdōkan. Le temple était grand mais ne disposait pas de piéce adapté pour s’entrainer. C’est donc l’entrée du temple (10 tatamis) qui faisait office de dojo3.  Puis plus tard, il fit construire une piéce de 20 tatamis pour accueillir le nombre d’élèves croissant.
Puis en mars 1886,  un nouveau déménagement survint dans le quartier de Fushimi chez Shanagawa Yajirō un ami de Kanō. La salle avait une superficie de 40 tatamis et pouvait donc acceuillir un plus large publique et heureusement car c’est à cette période que le Kōdōkan pris son essor. Il y restera jusqu’en avril 1889 où il loua aux autorités militaires un dojo de 70 tatamis dans le quartier de Hongōmasago qu’il dut quittait au printemps 1891 car ils en avaient à nouveau besoin4.
Kanō retourne au temple de Kaminiban jusqu’en Novembre 1893 où  à son retour à la capital5,  il achétera un dojo dans le quartier de Shimotomizaka de 107 tatamis qu’il agrandira à 207 tatamis à partir de 1907.
En Janvier 1934,  eut lieu l’inauguration du nouveau dojo dans le quartier de Suidōbashi dans l’arrondissement de kanda - actuel arrondissement de Chiyōda- d’une surface total de mille tatamis dans un immeuble de 2 étages.
Suite à l’essor grandissant du judo, même aprés la mort de Jigorō Kanō, le Kōdōkan actuel déménagea une dernière fois en mars 1958 dans l’arrondissement de bunkyō (bunkyōku) dans le quartier de  kasuga (kasugachō) et fut reconstruit en 1984 pour la commemoration des 100 ans de la fondation du judo dans un batiment de 7 étages avec 6 dojo représentant 2000 tatamis de surface global.

Diverses activités


On sait que le Kōdōkan est le lieu central du Judo mais chaque dojo est un lieu de pratique. Qu’est ce qui différencie le Kōdōkan des autres lieu de pratiqueKodokan actuel web?
Cela tient à ses activités pratiquées qui ont été mis en place par Kanō lui-même.
Tout d’abord les cours de judo, qui au tout début du Kōdōkan était gratuit (l’élève devait seulement remettre un éventail à Kanō), puis d’un yen en 1894, et à partir de 1904 de trente sen par mois. (1 yen= 100 sen).
On peut citer aussi la Kōhaku shiai (紅白試合)
« compétition des rouges et des blancs » mise en place par Kanō en 1884. Il disait qu’elles existaient depuis le début mais elles prirent leur formes définitives en 1885. Ces rencontres se déroulent deux fois par an en automne et au printemps (octobre et mai) et sont encore trés suivi (400 participants en Octobre 2017). Le principe est restait le même depuis sa création:  deux équipes - une rouge et une blanche- classé par grades et force suposées se rencontre. Le combattant qui gagne - il faut marquer ippon pour l’emporter - reste sur la surface de compétition et rencontre le deuxième de la ligne adverse jusqu’a ce qu’il perde. L’équipe qui à remporter le plus de combats gagne et se voit remettre un drapeau de la couleur de leur équipe pour les 6 mois à venir jusqu’a la prochaine rencontre qui était accroché à l’entrée du Kōdōkan (voir explication dans emblême).
Durant cette compétition se déroule le batsugun seido (抜群制Statue jigoro kano web度) « système d’excellence » qui s’apparente à nos shiai. Les judokas qui remportent au moins cinq combats conséqutifs par ippon se voient remettre immédiatement une promotion de grade.Une autre tradition pratiqué au Japon et mise en place par Kanō au Kōdōkan est le kagami biraki (鏡開き) « ouvrir le mirroir ». Pratiqué dans tous le Japon, le kagami biraki est la célébration du retour de la lumière et est fêtée le deuxième dimanche de janvier depuis 1884. Durant cette cérémonie, est organisé un repas puis des demonstrations de randori et de kata. Jigorō Kanō en profitait aussi pour organiser la shinkyū shodan shiki (進級昇段式) « cérémonie d’avancée en kyū, d’élévation en dan » qui comme son nom l’indique était une cérémonie de remise de grades organsées tous les trimestres. Celle du kagami biraki était la plus importante des trois.
En france, elle est organisé tous les ans à la fédération ainsi que dans les départements.

Randori kodokan 1913 web

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Au delà des activités pratiqués sur le tatami, Kanō avait une idée d’expansion du judo.
Avec le nombre croissant des pratiquants et la faiblesses des cotisations, les charges devenaient de plus en plus importantes. En 1909, le Kōdōkan devint un groupement à la personnalité morale. Et afin de contrôler le développement et la diffusion du judo, en 1914 fut crée l’association du « jūdō Kōdōkan », Kanō en étant le président. La création d’un magazine nommé «Judo»  arriva un an aprés en 19156  pour remplacer celle déjà existante « Kokushi» Plusieurs autres revues seront créé par la suite (« Taisei » (« Situation Actuelle »), « Judokai » (« le monde du judo ») etc.).  
Il a donc mise en place plusieurs organismes au sein du Kōdōkan afin de se développer.

President du kodokan web

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Le collège des ceinture noire, crée en 1922, en est un bon exemple avec la mise en place de collège régionaux afin de pouvoir organiser des passages de grade dans tout le pays.7
Enfin, pour diffuser les principes du judo en dehors des tatamis et développer le côté spirituel du Judo, « L’association culturelle du Kōdōkan » fut crée. Par la publication de revues, d’organisation de conférence et de stages, cette association se donnait comme objectif d’aider à atteindre «les divers buts que l’on se fixe dans la vie, par l’utilisation la plus efficace de l’energie» comme décrit dans les status de la dite association.
Encore aujourdh’hui le Kōdōkan dispose d’une association pour les études scientifiques sur le judo ainsi qu’une division de recherche pour les technique fondées en 1954.
Elle se fixe comme but de:
orgasniser des conférences de rapport et de recherche, sur l’éducation saine des mineurs à travers le judo, enseigner le Judo aux Dojos du Kodokan, diriger des séminaires de Judo, Mener des recherches sur le judo, éditer et publier des livres et des magazines sur le judo et bien sur certifier les grades ainsi que d’autres chose encore.
Tout ces objectifs servent à servir un seul objectif repris dans le slogan du Kōdōkan, 柔道の最高の目的 – jūdō no saikō no mokuteki  – « plus haut but du jūdō ».

Maxime et slogan kodokan web

Emplacement kodokan web

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1. L’ Enseigne de Vaisseau Yves Le Prieur (1885-1963) a pris des cours au Kōdōkan et à son retour en 1911 a fait paraître un ouvrage sur le judo intitulé: « Judo, Manuel de Ju-Jitsu de l’école Kano à Tokyo».
2. Le 28e jour du 10ème mois de l’an 1 de l’ère Man.en, c’est à dire le 10 décembre 1860.
3. C’est à cette période que s’inscrivit Nangō Jirō, 2ème président du Kōdōkan.
4. Kanō rentrait de voyage en Occident.
5. Kanō dût partir pour le lycée de Kumanoto.
6. Il existe encore et coûte 580 Yen.
7. Kanō Jigorō ayant créé les Kyu et les dan - Kyu-da-ho - pour marquer la progression des judoka.

Bibliographie

Ouvrages:

CADOT, Yves. Promenades en Judo. Métatext, 2015. 417p.

HERNANDEZ, Jean-François. Judo (Jujutsu), Méthode et pédagogie. Fabert, 2008. 115p. pédagogues du monde entier.

MAZAC Michel, Jigoro Kano, Père du Judo, Budo Editions, 2006, 315p.

Site internet:

Amaterasu In Mythologica.fr [en ligne]. <https://mythologica.fr/japon/amaterasu.htm> , consulté le 27 octobre 2017.

CADOT, Yves. Ligne blanche sur ceinture noire In Le dire en corps, Corps et pratiques au Japon [en ligne]. <https://corpsjapon.hypotheses.org/90>, consulté le 27 octobre 2017.

CADOT, Yves. Ligne blanche sur ceinture noire In Le dire en corps, Corps et pratiques au Japon [en ligne]. <https://corpsjapon.hypotheses.org/73>, consulté le 27 octobre 2017.

Fournier, Daniel. Les Kodokan-the Kodokan In Judo - Culture et Histoire - Culture and History [en ligne].<https://sites.google.com/site/lejudohistory/02---jigoro-kano/a-les-kodokan---the-kodokan>, consulté le 27 octobre 2017.

GrzegorczyK, Alexandre. Interview de Minoru Mochizuki, 1ère partie In Budo Musha shugyo [en ligne].<https://alexgrzeg.wordpress.com/2012/09/23/interview-de-minoru-mochizuki-1ere-partie/>, consulté le 27 octobre 2017.

HUSER, Jack. 柔道の最高の目的 – jûdô no saikô no mokuteki In 神龍 Shin-Ryû [en ligne]. <http://www.shinryu.fr/881-judo-no-saiko-no-mokuteki.html>, consulté le 27 octobre 2017.

http://kodokanjudoinstitute.org/en/,  consulté le 27 octobre 2017.

Article Trésor Impérial du Japon In Wikipédia en français, >, [en ligne]. <https://fr.wikipedia.org/wiki/Trésor_impérial_du_Japon>, consulté le 27 octobre 2017.

SOMMAIRE

Date de dernière mise à jour : 10/12/2018

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