Le dōjō

Kodokan dojo fujimi cho web 2Tableau d'Hishida Shunsō (1874-1911) représentant un entraînement au Kōdōkan durant la période Fujimichō
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Etymologie

Le terme dōjō vient du bouddhisme. Il est originellement, le lieu où le bouddha Sakyamuni a atteint l’éveil, sous l’arbre de la Connaissance. Par extension, on le considère comme le lieu d’étude du bouddhisme. Dōjō est composé de deux caractères chinois :
               - Le (道), la « voie » que l’on essaie de suivre dans notre apprentissage.
               - Le (場), l' « endroit plat où les gens se rassemblent »
               (traduction d'Yves Cadot dans promenades en Judo).
Ainsi, on pourrait le traduire par "lieu où l’on étudie la voie" ou plus simplement, "lieu d’étude du principe". Ici, le mot lieu est à comprendre au sens strict (une portion déterminée de l’espace), et non comme un bâtiment physique quel qu’il soit.

Le dōjō, un lieu

Comme souvent dans un dōjō, plusieurs pratiques martiales cohabitent, et ce à des moments différents. Par ailleurs, selon son emplacement, le dōjō n’en est pas exclusivement un. Il le devient le temps de la pratique.
C’est en ce sens, que le dōjō est un lieu au sens strict. Peu importe où il se trouve (cave, préfabriqué, ancien vestiaire, etc.), le temps de la pratique, il est entièrement un dōjō dédié à celle-ci. De fait, on l’organise comme tel, régissant les règles liées la pratique et à l’organisation, afin qu’il devienne pour un temps, un dōjō. Notre dōjō.

Dispo et orga dojo web

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Le dōjō, son organisation

Comme souvent au Japon, le dōjō et son organisation sont régis par des règles.

La hiérarchie est une des premières règlementations qui se doit d'être appliquée et respectée au sein du dōjō. Elle est indépendante du grade et dépasse la simple mise en valeur d’autrui, ne servant qu’à flatter l’égo de certains. Elle est une reconnaissance de l’expérience plutôt que celle de la performance ou de l’efficacité. Les plus jeunes doivent le respect aux anciens qui, en échange, leurs transmettent leurs connaissances. Cet échange permet de faire progresser l'autre et de progresser soi-même. Ainsi, il rapproche des principes de la voie de la souplesse : Jita Kyoei (entraide et prospérité mutuelle).

Dans un dōjō, l'ordre hiérarchique sépare le professeur et ses élèves, eux-mêmes divisés en deux groupes. En haut de la hiérarchie, il y a donc le sensei (先生). Littéralement « celui qui a vécu avant ». Il est nommé "professeur" en Occident.
Ensuite, il y a les deshi (弟子), que l'on peut traduire par disciples ou élèves. Dans ce groupe d'élèves, on retrouve d’abord les senpai (先輩) « les compagnons qui me précédent ». Ce sont les élèves les plus gradés qui, avec le sensei, vont distiller les conseils. Ils sont    ceux sur qui l'on peut prendre exemple.

Le deuxième groupe d'élèves se nomme les kōhai, (後輩) « les compagnons qui me suivent ». Ce sont des nouveaux élèves que je vais aider, qui vont prendre exemple sur moi, que je vais guider.
Tous ces judokas ont une place particulière dans le dōjō. Il doit alors être agencé en conséquence, selon une orientation bien précise.

Voilà comment un dōjō devrait se présenter.

Tatami ()
Situé au centre, ils sont toujours disposés en carré ou en rectangle, plus ou moins allongé, avec si possible, un espace de circulation autour. La surface est donc composée de quatre côtés qui ont un nom et une fonction donnés.

Kamiza (上座)
Il est le centre symbolique du dōjō. Kamiza veut dire « siège supérieur ». Parfois appelé Shōmen (正面), c’est l’endroit qui a permis de nommer dōjō, le lieu de pratique. Il doit être orienté au Sud.
Traditionnellement se dresse une estrade, surélevée d’une marche, sur laquelle se place le sensei (dos au kamiza). C’est sur ce mur que l’on place la photo de Maître Kano Jigoro. Aujourd’hui, le sensei est positionné sur le tatami, dos au kamiza.
Dans certains dōjō, on peut aussi trouver un autel shintoïste. Il peut être décoré sobrement, avec des maximes exprimant les principes du judo.

Sensei senpai kohai web

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Shimoza (下座)
Littéralement « siège du bas » c’est le pendant du kamiza. Il s'agit du mur se trouvant en face du kamiza. Il est donc orienté au Nord. C’est par ce côté que se fait l’entrée des judoka sur le tatami. Le Shimoza est la place réservée à tous les élèves. Ils doivent s’y asseoir dans un ordre précis : par ordre de grade, puis d’ancienneté dans le grade, enfin par âge, dans le cas où deux élèves auraient obtenu leur grade en même temps. Les moins gradés se trouvent à droite du sensei, les plus gradés à gauche.

Joseki (上席)
Le joseki, « coté supérieur » se trouve côté Ouest, sur le mur de droite quand on fait face au kamiza. C’est à cet endroit que se placent les assistants du sensei ou les invités de marque. Ils sont assis dos au mur.

Shimozeki (下関)
Le Shimozeki est situé côté Est, face au joseki. C’est le « côté inférieur ».  C’est la place des visiteurs ou des non gradés.
Tous ces codes permettent de savoir où se placer vis à vis des autres dans le dōjō. Ainsi, la relation avec les autres s'établit dans un cadre de sérénité.

Le dōjō plus qu’un simple lieu ?

Quand on entre dans un dōjō, on entre dans un espace hors du temps. Cette rupture avec l'extérieur est possible grâce à tout un protocole.
On ne se comporte pas dans un dōjō comme à l’extérieur.

Entre autres, les pratiques utilisées (des coups des projections, des clés et étranglements) sont prohibées à l’extérieur. Il est donc évident que sans certaines règles, son fonctionnement ne serait pas possible. Entrer dans un dōjō ne nous libère pas des règles. Simplement, cela nous en fait accepter d’autres qui feront de nous de meilleures personnes, même dans la vie quotidienne. Ainsi, l'expérience du dojo permet d'acquérir le respect de l'étiquette ou des règles en général (ne pas marcher pieds nus, faire silence pendant les cours, avoir un judogi propre etc...)
Avoir une hygiène irréprochable ainsi qu’un judogi propre démontre notre attention à l’autre, tout comme le salut. En effet, le salut du dōjō (comme pratiqué au Japon) ou du partenaire n’est pas un acte de soumission mais plutôt, comme le dit Yves Cadot, « une parenthèse que l’on ouvrirait puis refermerait. Un temps particulier - celui de la pratique -, dans un espace particulier - celui du dōjō -, où les règles sont différentes de ce qui se passe dehors mais que l’on accepte en conscience, et que l’on montre par le salut. »
Le salut est aussi le moment où l’on se centre sur soi pour un temps de pratique donné, avant de revenir à la vie quotidienne, à l’extérieur du dōjō.

 

Le dōjō devient, à force de fréquentation, une deuxième maison qu’il faut (faudrait) alors entretenir nous-même, les pratiquants.
Au Japon, se sont les kōhai qui nettoient le dōjō avant l’arrivée des senpai. Puis, ils rangent après la pratique. Cela peut être vécu comme une contrainte, mais cela signifie aussi, que lieu où l’on pratique nous appartient, même temporairement. De même, cela montre que l’on prend soin de « l’outil » que l’on a à disposition.
Voilà ce que dit Maître Kano à ce sujet :
«Faites en sorte que l’espace du dōjō soit sans faille. Comme il faut amener les élèves à considérer le dōjō comme un lieu sacré, il ne faut pas négliger les réparations et on doit le maintenir propre de façon à ce qu’en y pénétrant l’esprit soit naturellement sollicité. Peu importe la façon dont vous vous y prenez pourvu que ce résultat soit atteint parfaitement
Car oui c’est bien dans le dōjō que se trouve la voie « Dō » (judo, aïkido, karaté…), qui nous permet de nous connaître nous-même. C’est un lieu de progrès, de difficultés surmontées ou à surmonter. On entend souvent dire que les arts martiaux sont d'abord un combat contre soi-même avant de l’être contre les autres. Shohei Ono (Champion du Monde 2013 et 2015, Champion Olympique 2016) a dit dans un entretien au magazine l’Esprit du Judo (n°66 de Février-Mars 2017) : « Je pense que c’est pour cela que je fais du judo. Pour me trouver. ».

Le dojo est donc un lieu où on peut suivre et étudier la voie, lui donner la forme la plus adaptée, dans un cadre lui aussi adapté. Il privilégie la relation avec les autres. Il est celui que l’on doit (devrait !) protéger, faire vivre encore, entretenir.

Entretenir notre dōjō, notre voie, c’est aussi entretenir notre dōjō, notre voie intérieure.

Do web

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Bibliographie
CADOT, Yves. Promenades en Judo. Métatext, 2015. 417p.
FFJDA. Shin, Ethique et tradition dans l’enseignement du judo, Budo Editions, 2008. 127p. « Culture Judo » de la FFJDA
ROUQUETTE Thomas, Les vérités de Shohei ONO, L’Esprit du Judo, Février-Mars 2017, n°66,  pp. 07-13.

Date de dernière mise à jour : 07/06/2017

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