Kimono ou Judogi?

Kano koshiki 2

Jigoro Kano en kimono et Yoshiaki Yamashita
en judogi pratiquant le Koshiki-no-kata.

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Le « Kimono » est un des symboles, avec la ceinture noire, de la représentation des arts martiaux. Cependant, il existe une grande confusion quant au terme que l’on doit employer pour la tenue de Judo en France. En effet, la confusion n’existe nul part ailleurs !!!
Nous allons essayer de tout remettre au clair au sujet de la tenue du Judoka et des pratiquant des arts martiaux en général.

Un peu d’étymologie pour commencer...
Le «kimono» porté dans les arts martiaux est appelé Keiko-gi (稽古着) (衣), ce qui peut se traduire par « tenue pour la pratique », c’est un terme générique utilisé notamment au Karaté. Il est composé de keiko (稽古) (« réfléchir aux choses primordiales pour en comprendre la raison et le bon sens par la comparaison et l’expérience. Concrètement : pratiquer » Yves Cadot) et de gi (衣) (vêtement).
Selon l’art martial le keiko-gi revêt un nom spécifique : karategi pour le karate, kendogi pour le kendo et donc pour le judo : judogi (柔道 着). Il est donc incorrect au judo de parler de «kimono».
Au Judo, on porte un judogi !

Kimono (着物), qui vient de kiru (着る), à mettre sur, et mono (物), chose, littéralement « chose que l'on porte sur soi » à désigné pendant longtemps au Japon toutes sortes de vêtements mais fait référence maintenant au robe de soie porté dans les cérémonies nippones.
De nos jours les japonais portent des kimono plus léger et plus simple à mettre appelé Yukata (浴衣) littéralement vêtement de bain.

Après avoir posé les bases, voyons maintenant quelles sont les différences entre un kimono et un keiko-gi.

Kimono

Porter un kimono est très complexe. C’est d’ailleurs un art que l’on appelle Kitsuke (着付) : l’art du kimono.
Il est notamment utilisé pour la cérémonie du thé appelé entre autres, chanoyu (茶の湯) ou sadō (茶道).
En effet, pour enfiler un kimono complet, on compte de nombreuses étapes liées notamment aux attaches en tout     (Cliquez pour agrandir)  genre. C’est un acte très fastidieux en particulier lorsqu’il s’agit de kimono de cérémonie. Il y a d’abord le sous-kimono, ou nagajuban (長じゅばん) qui se compose d’un tissu très léger en coton (traditionnellement en lin) avec un col rigide maintenu par une ceinture. Puis, le kimono lui-même serré par un Obi plus large (帯) ,traduit par ceinture.
Les samouraïs portaient aussi le Hakama (袴)  qui est un vêtement couvrant le bas du corps, porté par dessus le kimono. On le retrouve encore à l’aïkido mais aussi au kendo ou au iaïdo. Il peut prendre la forme d’un pantalon (porté par les samouraïs) ou d’une jupe (porté par les moines).

Le judogi est composé de trois parties fabriquées avec différents tissus : Un Uwagi (上衣) qui est une veste lourde en tissu sashiko (grain de riz), un zubon (ズボン), pantalon plus léger en toile et d’un obi (帯), une ceinture  en coton.
La veste du judogi est composé d’une jupe (suso), de manche (sode) et de revers rigide (eri) que l’on croise comme un kimono à savoir coté gauche sur côté droit (le croisé droit sur gauche est réservé aux défunts).   
La veste du judogi est donc plus lourde et plus résistante que le kimono traditionnel.

Judogi

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Qui l’a inventé, quand et pourquoi?

L’invention et donc l’utilisation du judogi (keiko-gi) n’est pas si vieille dans l’histoire des arts martiaux. En effet, elle date du XIXème siècle et a été créée par Jigorō Kanō! Kanō s’est servi du kimono comme base à la création du judogi. On peut le voir grâce à la façon de le porter et de ses caractéristiques quasi similaires au kimono mais simplifiés. Il était de couleur écru avec des manches et des jambières relativement courtes, la veste étant maintenue par une ceinture en coton. La couleur du judogi, écru, représente les valeurs de pureté, de simplicité et d’humilité dans l’apprentissage. Cela permettait aussi de ne donner aucune indication quant à la classe sociale et de commencer l’apprentissage du judo de manière égalitaire.
Il ne prendra sa forme moderne et définitive qu’en 1906. On rallongera les manches et le pantalon puis plus tard on le blanchira et renforcera davantage ses coutures.
L’utilité du judogi est intrinsèquement lié à la pratique du Judo. Dans sa méthode, Kanō a imposé la saisie, il fallait donc un vêtement adapté à cette pratique.

Dans les écoles de Jujitsu, on pratiquait en kimono traditionnel avec l’hakama ou simplement le kimono.

Anciennes prises jujitsu

Trois mouvements de jujitsu: 1. «Tsuka Kudaki», 2. «Seoi Nage», 3. «Mawari Komi».
Dessins d’un manuscrit de l’école Tenjinshinyō.

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Koshiki-no-kata réalisé par Jigorō Kanō en kimono et Yoshiaki Yamashita en judogi au Palais Impérial:

A ses débuts, le judo n’échappe pas à la règle. Les élèves pratiquent le judo en kimono traditionnel avec un obi large. Ainsi, on peut voir Jigorō Kanō pratiquant le Koshiki-no-kata en kimono et non en judogi (voir vidéo ci dessous). Il est vrai que ce kata vient de la Kitō ryū (起倒流), ancienne école de jujitsu, où l’on apprenait principalement le combat en armure. Mais les kimono étaient fragiles et donc non adaptés.

Uki goshi par Jigorō Kanō:

A l’instar du système de grade (Kyu-da-ho) inventé par Jigorō Kanō, le judogi va être repris par la plupart des arts martiaux même encore aujourd’hui. Il est devenu emblématique dans le milieu des arts martiaux et en dehors.
Il fait partie de l’étiquette et a le même impact que pourrait avoir un uniforme.
Ce vêtement que l’on met et enlève avant et après chaque entraînement est la première chose que l’on remarque lorsque l’on regarde du Judo. Il est la première chose que l’on acquiert quant on décide de commencer le judo.
Ce vêtement devient, au fil des années, quelque chose que l’on met sans y porter attention, un automatisme. Pourtant, inconsciemment, il nous prépare à pratiquer et nous donne un sentiment d’appartenance, l’impression de ressembler aux autres, d’être le membre d’une famille, la famille du Judo.

Anciennes techniques jujitsu

Anciennes techniques de jujitsu

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Bibliographie:
Livres:
CADOT, Yves, Promenades en Judo. Métatext, 2015. 417p.
MAZAC, Michel, Jigoro Kano, Père du Judo, Budo Editions, 2006, 315p.
SAVIN,Tristan, Dico des mots savants (employés à tort et à travers), Omnibus, 2016. 208p.

Sites internet:
TAMAKI, Léo, Keïkogi, à l’origine des saisies en force? In Budo no Nayami, interrogations et réflexions sur la pratique martiale, le Japon..., [consulté le 1er Décembre 2016]. http://www.leotamaki.com/article-35884170.html
GLORIAN, Jacques-Bernard, La tenue : le jùdôgi In Judo pour tous, [consulté le 1er Décembre 2016]. http://www.judopourtous.com/PagesAnnexees/Judogi.htm
Article Judogi In Wikipédia en français, >, [consulté le 1er Décembre 2016]. https://fr.wikipedia.org/wiki/Judogi
Article The Judo Rank System - Belts In Juji Gatame, [consulté le 1er Décembre 2016]. http://juji-gatame.tumblr.com/post/91735778691/the-judo-rank-system-belts

Date de dernière mise à jour : 10/12/2018