Jigorō Kanō

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     Shinnosuke Kanō dit Jigorō Kanō, Père fondateur du Jūdō, naquit à Mikage dans la maison familiale le vingt-huitième jour du dixième mois de 1860 (le 10 Décembre 1860 considérant le calendrier de l’époque). Située à coté de l’actuelle gare de Mikage, la maison de Kanō portait le nom de Senbankaku, il y passa toute sa jeunesse.

Jigorō Kanō était issu d’une famille ancienne puisqu’elle remonte au XVIIe siècle et modeste bien que cultivée. Il est le fils de Jirōsaku Mareshiba, secrétaire général à la Marine Nationale et de Sadako Kanō. Il avait deux frères et deux sœurs. Il eu une jeunesse studieuse notamment pendant son adolescence et son début de vie d’adulte.
Kanō a apprit à écrire les caractères chinois et japonais et à lire à l’âge de sept ans. À huit ans, il transmettait déjà aux enfants plus jeunes que lui ce qu’il avait appris, relevant déjà son goût pour l’enseignement, un intérêt qui ne cessera de croître jusqu’à la fin de sa vie.
Selon ses propos :
«Lorsque j’étais jeune, sortant de l’université, je pensais devenir premier ministre ou encore multimillionnaire. Mais devenir premier ministre, n’était-ce pas être un homme sans grande valeur, et n’était-il pas ennuyeux de devenir multimillionnaire ? Finalement j’en suis arrivé à la conclusion que c’est uniquement dans l’enseignement que je vouerai cette vie, sans regret pour moi.»

Jigorō Kanō était très doué à l’école, notamment en mathématique. Il était le premier de sa classe et se passionnait de plus en plus pour les études. Malgré cela, Kanō était quelqu’un de colérique et qui avait une aversion pour la défaite. Il subissait les moqueries de ses camarades à cause de sa morphologie et devait donc accepter leur domination physique.
En effet, Jigorō Kanō était de constitution faible (1.57 m et 41 kg). Il chercha un moyen permettant de renforcer son corps et de ne plus subir les moqueries de ses camarades. Lors de son enfance, il avait entendu parler d’un moyen de battre un adversaire, même physiquement beaucoup plus fort, qui était le jūjitsu. Il demanda à des connaissances, dont Katagiri Ryūki qui travaillait dans la résidence de son père et qui pratiquait le jūjitsu, de lui enseigner. Il put observer quelques démonstrations de katas mais aucun des exécutants n’acceptèrent de lui enseigner.

À Dix-huit ans, en 1877, Kanō entre à l’Université de Tōkyō à la faculté de lettres et réussi à prendre contact avec Fukuda Hachinosuke par l’intermédiaire de Yagi Sadanosuke, rebouteux et ancien disciple de l’école de jūjitsu Tenjinshinyō. Il put ainsi commencer l’entraînement après avoir convaincu son père, alors réticent. Jigorō Kanō s’entraînait tous les jours à l’école Tenjinshinyō avec maître Fukuda.
Grâce à cet entraînement assidu, il devint enseignant de jūjitsu. En 1879, le 5 août, Kanō fit partie des élèves qui démontrèrent des randoris au président des Etats-Unis, à l’époque Monsieur Ulysse S. Grant.
Lorsque Fukuda décède, Kanō fut choisi comme successeur et reprît le dojo de Fukuda. Mais Jigorō voulant continuer à étudier auprès d’un maître, partit à la rencontre du maître de Fukuda, Iso Matazaemon Masachi, pour continuer son entraînement. En 1881, Kanō perdit son deuxième maître de jujitsu. La même année, il sorti diplômé, licencié en lettres.

Tout en continuant ses études et ses recherches en philosophie, morale et esthétique, Kanō parti s’entraîner à l’école Kitō avec maître Iikubo Tsunetoshi.
Durant cette période de cinq ans, Jigorō Kanō reçu un enseignement de grande qualité auprès des meilleurs professeurs japonais et étrangers comme Ernest Fenollosa de l’Université d’Harvard en philosophie, Histoire, morale, économie et politique. Il étudia aussi la chimie, la logique, la psychologie, le droit français, les relations internationale et le bouddhisme originel indien, mais aussi la Bible et les religions.

En février 1882, n’ayant plus assez de place pour accueillir ses élèves, il déménage à Eishōji. Kanō créa une école de littérature anglaise appelée Kōbukan, dans laquelle il enseignait. Parallèlement, en mai 1882, il décida de créer une association permettant de constater, en pratique, les résultats de ses réflexions et recherches issues du jujitsu.
Le Kōdōkan était née et avec lui le Jūdō.
Par le biais du Kōdōkan, Kanō voulait développer le rôle social du Jūdō, contribuant à l’utilisation du principe du Jūdō et à sa diffusion. Il termina ses études universitaires en sciences politiques et économiques, et devint Docteur en philosophie en 1882. Il avait vingt et un ans.
Il devint ensuite professeur d’économie puis professeur au Gakushūin, une école pour l’éducation des jeunes filles de la famille impériale et des familles nobles. Il fut nommé secrétaire mais décida de rester professeur. Il s’occupa aussi de l’enseignement de la gestion et de l’économie à l’Ecole d’agriculture pendant trois ans.
Quatre ans plus tard en 1888, Kanō est nommé sous-directeur. Il a vingt-neuf ans.
En 1889, le cours privé de Kanō était si important qu’il était divisé en trois groupes : les adultes, les adolescents et les enfants. Il dut changer de locaux de nombreuses fois par manque de place.
Au total Kanō forma trois cent cinquante jeunes.

Suite à une mésentente avec le nouveau directeur du Gakushūin, ce dernier l’envoya faire un voyage en occident.
L’été de l’année 1889, Kanō quitte donc le Japon à bord du bateau Le Calédonien et arrive à Marseille en octobre de la même année. Il passa par Lyon avant de se rendre à Paris pour étudier les institutions éducatives puis le français à la Sorbonne. Il alla au ministère de l’Education Nationale et y rencontra Ferdinand Buisson (directeur de l’enseignement primaire et professeur à la Sorbonne). Il voyagea ensuite en Allemagne, la Suisse, le Danemark, la Hollande et l’Angleterre. Il revint au Japon à la fin du mois de janvier 1891 et se mari avec Takazoe Sumako avec qui il aura huit enfants.
De 1884 à 1889, il continua à perfectionner le jūdō. Cette période de recherche sera la plus importante. Il y affinera les bases du jūdō. Mais il continuera toute sa vie durant à diffuser et à améliorer sa méthode. Pour cela,  il écrivit un grand nombre de textes qui permit, et qui permet encore, d’améliorer la pratique du jūdō, de trouver des réponses et de convaincre à la nécessité de le pratiquer. 

En 1893, Kanō devient le directeur de l’Ecole Normale Supérieure. Il a alors 32 ans

Comme Kanō  était un homme de réforme, ses réflexions l’ont conduit à reformer l’enseignement en avril 1894. Jigorō Kanō joua un rôle primordial comme fondateur d’une pédagogie nouvelle et rénovateur de la formation des instituteurs.
En 1898, Kanō devint responsable de l’enseignement secondaire au ministère combinant cette fonction, avec celle de directeur de l’Ecole Normale Supérieur de Tōkyō. Par la suite, il fit un voyage de quelque mois en Chine pour y enseigner la pédagogie et écrivit le livre «Enseignement et éducation de la jeunesse ».
Le jūdō commençant à se répandre au Japon il créa « l’association du jūdō Kōdōkan ». Cette association fut créée pour contrôler le développement et la diffusion du jūdō, par la publication de revues et de livres sur le Jūdō, pour faire des démonstrations dans les différentes provinces du pays.
De 1909 à 1938, il devient membre du Comité Olympe Internationale (C.I.O).
Dans le cadre de la première participation du Japon au Jeux Olympique, Kanō sera porte parole aux Ve Jeux Olympiques  à Stockholm en 1912 où il rencontrera Pierre de Coubertin partageant les mêmes idées Humanistes que lui. Il assistera par la suite aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1938, Amsterdam en 1932 et Berlin en 1936.
En 1918, une lutte idéologique entre Kanō et un de ses collègues membre de la commission sur l’enseignement fut à l’origine de la première démission de Kanō l’année suivante en signe de protestation. Soutenu par tout le corps enseignant de l’Ecole Normale, Kanō réintégra sa fonction mais n’obtenant pas ce qu’il voulait, il posa sa deuxième démission le 9 janvier 1920. Malgré le soutient d’élèves et de professeurs, Jigorō Kanō officialise sa seconde démission le 16 janvier 1920 devant un public composé d’une centaine d’élèves et de professeurs.

De cette manière, Jigorō Kanō quitta définitivement ses fonctions au sein du ministère de l’Education nationale, et entra à la Chambre des pairs.
Le Jūdō était donc devenu universel grâce aux efforts de Kanō, notamment à ses nombreux voyages à l’étranger pour promouvoir le Jūdō. Mais à la fin de sa vie, il eut un intérêt particulier pour le sport de manière plus générale et la encore marqua son époque dans ce domaine.Il participa à la promotion du sport japonais et institua de nombreuses associations sportives dans les collèges et lycées.
En 1933, Kanō pense alors à la mise en place d’une Fédération Internationale de Jūdō.
En 1938, il se voit confier l’organisation des XIIIe Jeux Olympiques de Tōkyō mais ils n’auront pas lieu à cause de la Seconde Guerre  Mondiale. Pour la promotion des Jeux Olympique, Kanō voyagera beaucoup, c’est pendant le voyage du retour que Kanō succombera des suites d’une pneumonie le 4 mai 1938.

Bibliographie :
Michel MAZAC, «Jigoro Kano, Père du Judo» Budo Editions, juin 2006.
Jean-François HERNANDEZ, «Jigoro Kano, Judo (Jujutsu), Méthode et pédagogie», collection Pédagogue du monde entier, Editions Fabert, janvier 2009

Date de dernière mise à jour : 10/12/2018