La création du Jūdō

La création du Jūdō

Calligraphie judo

Calligraphie du mot Jūdō

Qu’est ce que le Judo ?

 La légende dit que Jigorō Kanō découvrit les principes du Jūdō lors d’un hiver rigoureux en remarquant que les branches des cerisiers réagissaient différemment sous le poids de la neige abondante. Les plus grosses cassaient alors que les plus souples pliaient et se débarrassaient de « l’agresseur » avec souplesse. La voie de la souplesse était née.

La réalité est différente…

Voici une définition que Jigorō Kanō donne du Jūdō dans le Volume II des Ecrits complets de Kanō (1915) :

«Le jūdō c’est la voie de l’utilisation la plus efficace de la force du corps et de l’esprit. L’entraînement au judo fortifie et cultive le corps et l’esprit par des exercices d’attaque et de défense ; c’est aussi acquérir la quintessence de cette voie. Et à partir de cela, le but ultime de l’entraînement au jūdō est de se réaliser soi-même et de contribuer au monde.»

On le traduit par voie, principe (dō) de la souplesse, de l’adaptation (jū). Plus simplement, le jūdō est un art martial (créé en 1882 par Jigorō

 

Kanō) construit comme une méthode d’éducation contenant des projections ainsi que des contrôles au sol (immobilisations, étranglements et clés de coude) repris en parti du jūjitsu (art martial ancestral japonais).

Il se pratique dans un dojo (lieu dans lequel on étudie la voie ()), en judogi (vêtement de judo), plus communément appelé kimono, pieds nus sur des tatamis (littéralement « rempli », c’est un tapis qui amorti les chocs).

Dans quel contexte ?

     Jigorō Kanō naît dans une époque de trouble au Japon. En effet, le Japon fermé au monde depuis 1641, s’ouvre enfin suite à des nombreux changements au sein de la gouvernance (régime du Bafuku remplacé par l’empire de l’ère Meiji) mais aussi sous la pression des pays étrangers en faveur de l’ouverture des frontières japonaise. Le Japon était un Etat en mutation passant très rapidement du modèle féodale à la modernité, profitant de son ouverture récente pour tirer profit de ce que l’occident avait à offrir tout en conservant son identité et une unité nationale forte.
Jigorō Kanō était très doué à l’école, il était le premier de sa classe et se passionnait de plus en plus pour les études. Malgré cela, Kanō était quelqu’un de colérique et qui avait une aversion pour la défaite. Il subissait les moqueries de ses camarades à cause de sa morphologie et devait donc accepter leur domination physique. En effet, Jigorō Kanō était de constitution faible (1.57 m et 41 kg). Il chercha un moyen permettant de renforcer son corps et de ne plus subir les moqueries de ses camarades. Lors de son enfance, il avait entendu parler d’un moyen de battre un adversaire, même physiquement beaucoup plus fort, qui était le jūjitsu. Il demanda à des connaissances, dont Katagiri Ryūki qui travaillait dans la résidence de son père et qui pratiquait le jūjitsu, de lui enseigner.

 

Il put observer quelques démonstrations de katas mais aucun des exécutants n’acceptèrent de lui enseigner.
De plus, son père était rétissant au fait qu’il apprenne le jūjitsu. C’est durant ses études qu’il réussit à prendre contact avec Fukuda Hachinosuke par l’intermédiaire d’un ancien disciple de l’école de jūjitsu Tenjinshinyō, et put donc enfin commencer l’entraînement après avoir convaincu son père.
Chaque jour en plus des entrainements quotidiens, Kanō travaillait chez lui avec un de ses compagnons. Les séances d’entrainements comptaient 4 à 5 élèves dirigés par un maître. Suite à des difficultés rencontrées face à un élève du cours, il se mit à chercher un moyen de le battre en se plongeant dans les écrits sur des méthodes de combats. Il finit par trouver la solution en battant son camarade avec une forme de Kata guruma.
Grâce à son assiduité, il devint professeur et participa entre autres à des démonstrations de randoris devant le président des Etats-Unis.
A la mort de son maître, il fût choisi pour reprendre le dojo mais sa soif de connaissance n’étant jamais rassasiée, il alla dans un autre dojo pour continuer à se former. Il partit voir le maître de Fukuda (son 1er maître), Iso Matazaemon Masachi, pour continuer son entraînement

puis alla à l’école Kitō à la mort de celui-ci.
Ayant étudié dans deux école de jūjitsu, Jigorō Kanō constata que les méthodes de combat et d’enseignement de ces deux écoles étaient radicalement différentes. Selon lui, les principes étaient trop spécifiques. Ce qui lui manquait était « un principe s’appliquant à tous de manière générale et qui exprimerait l’utilisation la plus élevée ou la plus efficace de l’énergie physique et mentale dirigée vers l’accomplissement de cet objectif ou but.» (Judo (jujitsu) Méthode et pédagogie, J.Kano, 1937)
Jigorō Kanō décida donc de créer une méthode qui ferait la synthèse des deux autres écoles où il apprit le jūjitsu, en ne prenant que les meilleurs aspects de chacune d’entre elles. Il se mit donc à chercher, à étudier avec ardeur. Pendant ce temps au Japon, une réforme du programme d’enseignement fut lancée en 1872 prônant entre autres, l’intégration de l’éducation physique (Taïso). Se basait sur une éducation intellectuelle, physique et morale. Cela prendra toutefois plusieurs années à se mettre en place dans les écoles.
C’est dans ce contexte d’intégration de l’éducation physique à l’école, qu’en 1882, Jigorō Kanō ouvrit sa pension de famille ainsi que le Kōdōkan pour dispenser sa nouvelle méthode des exercices de jūjitsu qu’il nommera Jūdō.

Quelle était sa méthode ?

     Comme le dit Michel MAZAC dans son livre «Jigoro KANO, père du Judo» :
«À partir d’une étude approfondie des techniques propres à chaque école, Kanō en créa de nouvelles pour le jūdō et modifia celles déjà existantes. Il mit l’accent sur deux méthodes d’étude en particulier, le randori et le kata (notamment le dernier qu’il systématisa). Il lia aussi le travail au sol et debout qui étaient considérées, dans les autres écoles, comme exclusives l’une de l’autre.»

Le randori et le kata existaient déjà mais il les réforma pour les rendre compatibles à une pratique sûre et adaptée à tous. Nous le verrons en détail par la suite. Kanō structura la pratique du jūdō en quatre méthodes d’entraînement les randoris, le kata, le cours et le mondō (discussion, échange, questions/réponses). Comme expliqué plus haut, les moyens de transmission (kata et randoris) existaient déjà mais Jigorō Kanō l’améliora en faisant un travail de synthèse, de réforme et de création qui correspondait plus à l’idée qu’il se faisait du jūjitsu moderne. Ce travail de synthèse dura toute sa vie, se perfectionnant au fil du temps.

En effet, Jigorō Kanō repris des techniques de projection existantes du jūjitsu et en créera de nouvelles. C’est après l’observation et l’analyse de ces techniques qu’il créera le concept de Kusushi, Tsukuri, Kake (déséquilibre, préparation du mouvement, placement) afin de maximiser l’efficacité de ses techniques. Le plus gros travail de création s’effectua entre 1884 et 1889. Il mit ensuite en place, avec l’aide de certains de ses élèves, le « Gokyō », qui est un ensemble de techniques classées selon leur difficulté. Le premier « Gokyō » comportant 42 techniques a été élaboré en 1895. Il sera reformé en 1920 pour prendre la forme que l’on connaît aujourd’hui comprenant 5 catégories de huit techniques.
Le travail de recherche au sol ne viendra que plus tard,  et arrivera à maturité en 1910.

Dans le même temps, il repris le concept des katas, déjà existant dans le théâtre Nō et Kabuki, et en créa de nouveaux qui correspondaient plus aux principes du jūdō. C’est de cette manière qu’il créa les différents katas de jūdō.

Peu de temps après leur création, le Nage-no-kata et le Katame-no-kata devinrent les katas dits de « randori » (Randori-no-kata), afin qu’ils soient distingués du Kime-no-kata (formes techniques de décision pour le combat réel), inventé plus tardivement.

Chaque kata fut élaboré après de nombreuses années de travail (entre 1884 et 1887) et obtinrent leurs formes définitives en 1906.  C’est lors d’une réunion du Butokokai, le Butokokai étant présidé par Jigorō Kanō et composé d’une commission de différents maîtres venant des dernières écoles de jūjitsu  ainsi que des élèves du Kōdōkan que les Katas ont été amélioré (sauf le Jū-no-kata, pur produit du Kōdōkan). L’objectif de cette réforme était d’uniformiser les katas pour permettre une pratique dans tout le pays. Néanmoins, le fondement des des katas, a bel et bien été élaboré au Kōdōkan par Jigorō Kanō et quelques uns de ses élèves.

Seul le Koshiki-no-kata a été repris de l’école Kitō : «Je l’ai repris en l’état. Je l’ai transmis tel qu’il était autrefois pour faire comprendre le sens profond et la noblesse en jūdō». C’est cette collaboration entre maîtres et élèves du Kōdōkan comprenant maître Kanō, qui permit l’harmonisation des Katas.

La réforme des katas a mis en exergue un processus d’apprentissage composé de trois étapes primordiales à l’étude du kata : Shu, Ha, Ri soit protéger, briser, et se détacher. Ce concept existait  avant Jigorō Kanō mais est indissociable du kata. Concernant les randoris, chaque école de jūjitsu avait sa spécialité. Kanō les classa en quatre spécialités.

La première, celle des projections, conservaient les règles du jūjitsu. Elle était celle qu’il trouvait la plus rationnelle et sûre car elle utilisait la technique avec souplesse et intelligence. 
La seconde, celle des projections, mettait la force au premier plan, ce que Kanō trouvait dangereux.    
La troisième, celle des strangulations et luxations, était une spécialité efficace qui ne convenait pas aux initiés à cause des accidents.
La quatrième, celle des contrôles au sol,                                                                                                                                    

ne représentait pas de danger particulier et était tout à fait valable et efficace. 
Kanō décida ensuite de fixer les règles du randoris. Il exclut les luxations de jambes, de doigt et de cou ainsi que les atémis, utilisés dans le jūdō afin de permettre une pratique sûre, lors des entraînements mais aussi des compétitions.

Kanō mis aussi en place un système de grades, composé de kyu (6 par ordre décroissant) et de Dan (10 par ordre croissant). Bien que de manière différentes, les grades existaient déjà notamment au jeu de go et dans certaines écoles de jūjitsu. Ce système fut rapidement mis en place. Les premiers 1er dan ont été obtenu en 1883. Les porteurs d’un dan nouaient une ceinture noire autour de leur taille, chose spécifique au Kōdōkan. Le grade représente alors une compétence technique à travers trois éléments, déjà utilisés au Japon, et développés à travers la pratique : Shin, Gi, Taï (esprit, technique, corps). Le grade tel qu’on le connaît aujourd’hui à été inventé par Jigorō Kanō et repris dans la plupart des arts martiaux japonais notamment le Kendo en 1917.

Alors que l’ensemble de son travail commence à prendre forme, Kanō rassemble un ensemble de manuscrits de différentes écoles. Influencé par son parcours universitaire, notamment grâce à ses lectures sur l’enseignement, Jigorō Kanō va développer sa méthode en insistant sur les valeurs de formation de l’esprit du Jūdō. Il voulait baser sa méthode sur trois composants majeurs : l’éducation physique, le combat et l’éducation de l’esprit.                                                                 
Kanō sut exposer ses idées sur le jūdō sur le plan théorique. En 1922, à l’occasion de la création de l’association culturelle du Kōdōkan  en 1922, deux théories ou principes essentiels qui deviendront les deux piliers du jūdō:


«Seiryôku zenyô» (utilisation au mieux de l’énergie) et «Jita Yuwa Kyoei» (entraide et prospérité mutuelle).

Par quels moyens ?

     En Février 1882, Jigorō Kanō s’installe dans une annexe du temple du Eishoji dans le quartier de Shitaya à Kita Inarichō. Le Kōdōkan, l’école pour l’étude de la voie, était né. Les débuts sont difficiles notamment concernant les conditions d’enseignements dans un espace très restreint. Le bureau lui servait d’appartement (7 tatamis) et le reste (12 tatamis) lui servait de dojo.
Le Kōdōkan déménagea sept fois (dont cinq du vivant de Jigorō Kanō) pour devenir un bâtiment de 40 mètres de haut avec sept étages et six surfaces de tatamis, la plupart du temps par manque de place, en raison de l’augmentation croissante du nombres d’élèves (9 en 1882, 605 en 1889 et un peu plus de 10000 en 1938).
Face au succès rencontré par le Jūdō Kōdōkan, les élèves de Jigorō Kanō créèrent des dojos dans le japon tout entier, décentralisant ainsi l’enseignement du jūdō.
L’entrée au Kōdōkan, était gratuite puis passa à 1 yen après 1894 puis à 30 sen par mois en 1904. Jigorō Kanō expliqua que ce n’était pas à but lucratif mais plutôt à but symbolique afin d’éviter que les gens ne viennent et ne repartent sans s’attacher à son enseignement.
Cependant, les cotisations ne permettent pas de payer les charges qui s’accumulent et s’accentuent. En 1909, le Kōdōkan devint une personne morale indépendante.
En 1914, Jigorō Kanō crée une association à l’intérieur du Kōdōkan afin d’harmoniser les différentes activités menées et de promouvoir le jūdō à travers le Japon, tout en restant fidèle à l’idée et aux principes mis en place par Jigorō Kanō. Elle s’appellera simplement «l’association du Jūdō Kōdōkan».

Jigorō Kanō avait donc beaucoup étudié le jūjitsu et théorisé sa méthode. L’association publia des ouvrages, des revues sur le jūdō, et organisaient des conférences ainsi que des démonstrations dans tout le pays. C’est ainsi qu’en 1915 la revue «Judo» fut crée. Elle sera remplacé en 1919 par «l’Activité efficace».
Par la suite, Kanō créa également le collège de ceinture noire et l’association culturelle du Kōdōkan en 1922 car il devenait difficile de gerer tous les examens de grade.
Ce collège devait réunir en une association, toutes les ceintures noires du Japon dans un souci d’entraide par le Jūdō.
Un collège central fut créé ainsi que

plusieurs collèges régionaux afin que les judokas ne residant pas à Tokyo puissent avoir les mêmes chances que les autres. Ce collège fut donc chargé de gérer les passages de grades mais aussi de faire des recherches tant sur le plan physique que sur le plan moral.

Parallèlement, Kanō créa l’association culturelle du Kōdōkan dont il fut le président. Elle avait pour but de développer l’épanouissement de l’individu par le Jūdō à travers deux grands principes :
«Seiryôku zenyô», soit utilisation au mieux de l’énergie et «Jita Yuwa Kyoei», entraide et prospérité mutuelle.
Cette association avait aussi pour objectif d’assurer la communication du Kōdōkan et de diffuser les principes du Jūdō auprès de la population. 
Pour cela, une revue littéraire vit le jour. « La situation générale » devenue « le monde du judo », traitait des techniques de jūdō.
Toujours dans un but de promotion envers le plus grand nombre, Kanō créa une forme « kata », s’apparentant davantage à une forme de gymnastique, pouvant être pratiquée par tous et permettant de renforcer le corps et de permettre la défense de l’individu. Le nom de cette pratique fut «seiryokuzenyō kokumin taiiku» que l’on peut traduire par gymnastique populaire utilisant au mieux l’énergie.  Cette méthode ne mettait pas le jūdō en concurrence, mais au contraire renforcait l’idéologie du jūdō à plus grande échelle.

Plus qu’un simple dojo, le Kōdōkan devint une véritable institution avec, les Compétitions des Rouges et des Blancs, des compétitions mensuelles, des entrainements d’hiver (kangeiko), les cérémonies de remise de grades et la plus connue de toutes, la cérémonie célébrant le début de l’année le Kagamibiraki.

Le jūdō ne se cantonnera pas aux hommes. Face à des demandes toujours plus massives de femmes, une section féminine sera ouverte au Kōdōkan et s’étendra rapidement hors de celui-ci comptant un nombre croissant de pratiquantes. A l’origine, seulement dix femmes étudièrent au Kōdōkan et essentiellement que le Jū-no-kata, d’où le fait que l’on le définisse à tort comme le kata des femmes. Mais après la guerre, elles pratiqueront un jūdō plus proche de celui des hommes.

 

De par ses qualités éducatives, le jūdō entre très vite à l’école (notamment au Gakushuin où Kanō enseignait) mais pas de manière significative.Il se cantonnait aux universités. C’est seulement sous l’impulsion des élèves que le jūdō rentra au lycée puisqu’en effet, il se réunissaient en dehors des cours pour s’entrainer. En 1891, le 1er  collège de Tōkyō organise une rencontre inter-collège de jūdō. Mais il faut attendre 1911 pour que le jūdō soit officiellement intégré au programme scolaire de l’éducation nationale suite à quoi le jūdō devint une matière à part entière dans les lycées et collèges. En 1938, le jūdō  est autorisé pour les élèves du primaire.

En plus de son important travail au Japon, Kanō effectua de nombreux voyage à l’étranger (13 voyages en Europe et aux U.S.A principalement) toujours dans un souci de diffusion en proposant des conférences et de nombreuses démonstrations accompagnées d’un ou deux de ses élèves.
Il viendra plusieurs fois en France, notamment à Marseille en 1889 pour une démonstration mais aussi à Paris, ainsi qu’à Reims en 1920.
Mais ce n’est plus tardivement que le jūdō se développera en France grâce à l’arrivée de Mikinosuke Kawaishi en 1935, suivi de Shozo Awazu en 1950, Ishirō Abe en 1951 ainsi que de Haku Michigami en 1953 pour connaître le succès que l’on connaît aujourd’hui.

A la mort de Jigorō Kanō en 1938, le Kōdōkan compte  plus de 10000 judoka (environ 100 en France). Aujourd’hui, elle en compte près de 200.000 (600.000 en France). Ce succès ont le doit à Jigorō Kanō et à un travail acharné pour perfectionner et diffuser sa méthode. Au delà d’un simple art martial ou un sport, le jūdō est une méthode d’éducation destinée à tous, fondée sur des valeurs d’amélioration de l’Homme dans le but de le rendre meilleur.
 

Bibliographie :
Jean-François HERNANDEZ, «Jigoro Kano, Judo (Jujutsu), Méthode et pédagogie», collection Pédagogue du monde entier, Editions Fabert, janvier 2009
Michel MAZAC, «Jigoro Kano, Père du judo» Budo Editions, juin 2006.
Yves CADOT, «Promenades en judo», collections paroles d’experts,  Editions Metatext, Octobre 2015.

Date de dernière mise à jour : 10/12/2018